OW2con’26 : la belle surprise d’une plongée vivante et accessible dans l’open source européen

Certaines journées commencent avec l’envie d’apprendre. D’autres pour rencontrer. Certains rendez-vous, plus rares, permettent les deux à la fois. L’OW2con’26 entre dans cette famille rare des événements qui nourrissent autant la réflexion que les échanges.

L’OW2con est LA conférence annuelle organisée par OW2, communauté européenne dédiée aux logiciels open source. L’édition 2026, organisée les 2 et 3 juin à Paris-Châtillon, avait un thème particulièrement en phase avec les préoccupations de ce site : Open Source and Open Models to Drive European Sovereignty, autrement dit le rôle de l’open source et des modèles ouverts dans la construction d’une souveraineté numérique européenne. Pendant deux jours, développeurs, entreprises, chercheurs, associations, acteurs publics et membres de communautés libres s’y sont retrouvés pour discuter autant de technique que de modèles économiques, d’interopérabilité, de résilience, de confiance et d’indépendance technologique.

Si j’ai découvert cet événement, c’est grâce à Genma. C’est lui qui m’en a parlé, qui m’a donné envie d’en savoir davantage, qui m’a encouragé à m’inscrire et qui m’a ouvert la porte de cette journée. Qu’il en soit ici très sincèrement remercié. Je le connaissais déjà à travers ses écrits, ses engagements et ses sujets de prédilection, mais le rencontrer AFK fut aussi l’un des grands moments de cette journée. J’ai découvert quelqu’un d’encore plus ancré dans cette communauté que je ne l’imaginais, entouré d’un réseau considérable, visiblement très apprécié, et toujours dans cette même disposition : expliquer, transmettre, relier les personnes entre elles.

Avant même que la journée ne commence vraiment, Genma a eu la gentillesse de m’offrir un livre : Ada & Zangemann : Un conte sur les logiciels, le skateboard et la glace à la framboise. Il écrit par Matthias Kirschner, président de la Free Software Foundation Europe, et vise à faire comprendre aux enfants et aux jeunes adolescents ce que signifie le logiciel libre. Le symbole était parfait. Entrer dans une journée consacrée à l’open source par un livre destiné à rendre ces sujets accessibles aux plus jeunes, c’était déjà poser une question centrale : comment sortir ces débats des cercles spécialisés pour les transmettre plus largement ?

Orange Gardens, un cadre idéal pour une journée d’échanges

L’événement se tenait chez Orange, sur le campus d’Innovation, Recherche et Développement de Châtillon, plus connu sous le nom d’Orange Gardens. On y circule dans un espace vaste, agréable, lumineux, pensé pour la collaboration et les rencontres. L’environnement contribue à cette sensation d’ouverture : on n’est pas dans un salon impersonnel, mais dans un lieu où les échanges semblent pouvoir se prolonger naturellement entre deux conférences.

J’arrive, je récupère mon badge et très vite la journée prend son rythme : dense, intense, presque trop courte. Les conférences s’enchaînent, mais les rencontres aussi. Et c’est là que l’OW2con prend une dimension particulière.

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Je dois d’ailleurs le préciser d’emblée : je n’ai pas pu assister à l’intégralité des conférences. Non par négligence, ni par manque d’intérêt, mais parce que les conversations étaient parfois si passionnantes, si riches humainement et intellectuellement, qu’il devenait impossible de les interrompre brutalement pour retourner en salle de conférence. J’ai donc manqué certains débuts, parfois certaines interventions entières. Je pourrais le regretter. En réalité, je crois que cela faisait aussi partie de l’expérience. Dans un événement de cette nature, le contenu n’est pas seulement sur scène. Il est aussi dans les autres pièces, autour d’un café, pendant un déjeuner, dans ces discussions où des parcours différents se croisent et où les idées circulent.

Une conférence en anglais, mais pas un mur linguistique

L’OW2con se déroule en anglais. La majorité des participants croisés étaient français, mais les intervenants et les visiteurs venaient aussi d’autres pays. Le choix de l’anglais est donc parfaitement compréhensible. L’open source ne s’arrête pas aux frontières françaises, et un événement filmé, retransmis et ouvert à l’écosystème international doit pouvoir circuler au-delà de notre seul espace national.

Pour celles et ceux qui, comme moi, n’ont pas un anglais oral irréprochable, il ne faut pas se laisser impressionner. Mon ressenti est même plutôt rassurant : l’anglais parlé par des Français ou des Européens non anglophones reste souvent très accessible. Les mots sont bien détachés, les idées sont souvent construites avec une logique française, et l’on suit beaucoup mieux qu’on pourrait le craindre. Ce n’est pas un reproche, bien au contraire. Cela fait aussi partie du charme de l’événement : un anglais de travail, international, imparfait parfois, mais utile, vivant, compréhensible, au service de la circulation des idées.

Venir sans être « du sérail »

Je n’arrivais pas à l’OW2con avec la posture d’un expert (surtout pas). Je ne suis pas développeur, ingénieur ni DSI. Je ne suis pas non plus, ce qu’on appelle parfois, un décideur. Je suis un citoyen qui essaye de comprendre ce monde numérique, d’en observer les dépendances, les contradictions, les promesses, puis d’en partager l’expérience pour sensibiliser le grand public à deux sujets qui me semblent décisifs : l’open source et la souveraineté numérique.

C’est important de le dire, car je me suis rendu à cet événement avec une vraie interrogation sur ma légitimité. Les sujets traités ici allaient-ils rencontrer un intérêt dans un environnement aussi spécialisé ? Est-ce que mes questions, parfois formulées depuis une position extérieure, allaient être entendues ?

Je n’y allais pas pour faire du « business », ni pour faire du « réseautage » au sens classique du terme. Je n’y allais pas non plus pour distribuer des cartes de visite. Je venais en spectateur curieux, avec l’envie de confronter mes idées, d’écouter, de comprendre, et peut-être de mesurer si ce travail de vulgarisation autour de la souveraineté numérique pouvait trouver un écho auprès de ceux qui fabriquent, défendent et structurent l’open source au quotidien.

La réponse fut oui. Très clairement oui.

J’ai reçu de nombreux retours, des sollicitations, des conseils, des objections constructives, des idées nouvelles. J’ai pu expliquer ma position, mes angles, mes préoccupations. J’ai aussi découvert que certaines intuitions développées ici rejoignaient des préoccupations très concrètes chez des acteurs de terrain. Comme souvent, Genma avait vu juste : il y avait bien une liaison à faire entre deux mondes qui se regardent encore trop peu. Celui des communautés techniques et celui du récit public que j’essaie de construire et de développer. Celui de l’open source comme pratique professionnelle, et celui de la souveraineté numérique comme enjeu démocratique.

BPCE, OW2, TOSIT : quand l’open source devient une brique solide de l’organisation dans l’entreprise

La première conférence à laquelle j’ai assisté était celle de Florian Caringi, du groupe BPCE : A FOSS strategy multi-perspective look from BPCE, OW2 and TOSIT. Florian Caringi est directeur adjoint Data & Open Source chez BPCE, président élu d’OW2 depuis mars 2026, et vice-président de TOSIT, structure qui rassemble de grandes organisations utilisatrices autour de l’open source.

À mes yeux, c’est un exemple de réussite organisationnelle. L’open source n’y apparaît pas comme une simple préférence technique, ni comme un argument de communication, mais comme une méthode, une organisation de travail, une culture à structurer et à faire vivre.

Pour aller plus loin, la présentation (en anglais) de Florian Caringi est disponible en ligne et permet de mieux comprendre la démarche open source mise en place chez BPCE.

J’ai eu la chance d’échanger brièvement avec lui après sa conférence. Ce que je lui ai dit, au fond, tient en une idée : il manque encore au monde de l’open source une dernière brique, celle du récit de réussite.

La méthode présentée par Florian Caringi mérite d’être davantage partagée. Pas pour transformer cette expérience en slogan, ni un pour en faire un récit trop flatteur, mais parce qu’il est nécessaire de montrer ce qui fonctionne. Dans le monde du logiciel libre et de l’open source, nous avons, et je m’inclus dans ce « nous », parfois trop d’humilité face au succès. Nous savons décrire les risques, les dépendances, les limites des modèles propriétaires, les vertus de l’ouverture. Mais nous racontons encore trop peu les réussites concrètes, les organisations qui changent, les méthodes qui progressent, les entreprises qui apprennent à travailler autrement.

Or ce que Florian Caringi a présenté est précisément de cet ordre : une réussite professionnelle, sérieuse, solide. Elle mérite d’être assumée comme telle. Sans arrogance, sans emphase inutile, sans promesse artificielle. Simplement en assumant pleinement la valeur de ce qui a été construit.

Sur ce point, notre échange fut très positif. J’ai eu le sentiment que certaines prises de conscience, qui auraient peut-être été plus difficiles à formuler il y a quelques années, deviennent aujourd’hui audibles. L’open source ne peut plus seulement demander à être reconnu. Il doit aussi apprendre à raconter pourquoi il fonctionne, où il fonctionne, et ce qu’il transforme concrètement.

Pour reprendre une idée que défend Cristina Caffarra, la souveraineté numérique ne peut pas rester au seul niveau des intentions politiques. Elle se construit dans les choix d’achat des administrations, des industriels, des banques, des hôpitaux, des universités, des collectivités et des grands groupes. La présentation de Florian Caringi en donnait une illustration très concrète.

Proxmox : comprendre avant de juger

J’ai ensuite assisté à la conférence de François-Xavier Guidet, de FactorFX : Regaining Control of Virtualization with Proxmox: Solutions and Outlook.

Cette intervention portait sur la manière dont Proxmox VE peut permettre aux organisations de reprendre le contrôle de leur virtualisation, dans un contexte marqué par la dépendance à des solutions propriétaires coûteuses, peu transparentes et parfois difficiles à quitter. Le sujet était très technique. Je serais donc de mauvaise foi si je prétendais avoir un avis approfondi sur la question à ce stade.

Mais une chose est certaine : maintenant que j’ai mon propre homelab, il va bien falloir que je teste Proxmox. Genma me l’a d’ailleurs rappelé lors d’un échange avec François-Xavier Guidet : tester, non pour suivre une tendance, mais pour comprendre. Comprendre ce que cette solution permet, ce qu’elle implique, ce qu’elle change dans la gestion d’une infrastructure, même petite comme la mienne. Et surtout déterminer si ce type d’outil correspond réellement à mes besoins.

C’est aussi cela, la souveraineté numérique à petite échelle : ne pas rester sur ses acquis, mais au contraire : installer, tester, casser parfois, recommencer, comparer et se faire une idée à partir de l’expérience.

IAM, identités numériques et dépendances silencieuses

J’ai malheureusement manqué le début de la conférence de Clément Oudot, de Worteks : Are you sovereign? Yes IAM!. Le sujet était pourtant central : peut-on encore accepter de confier l’authentification, l’un des processus les plus sensibles de notre vie numérique, à Active Directory, EntraID, Okta, Google, Facebook ou d’autres grandes plateformes ?

L’intervention mettait en avant l’existence d’une pile IAM open source autour de projets comme LemonLDAP::NG, LSC, LDAP Tool Box ou FusionDirectory. Dit simplement, l’IAM : Identity and Access Management, concerne la manière dont une organisation gère les identités, les connexions, les droits et les accès à ses services numériques. C’est un sujet moins visible que l’hébergement ou la messagerie, mais absolument stratégique : celui qui contrôle les identités contrôle une partie décisive de l’infrastructure.

Avec Genma, nous avons tout de même pu échanger brièvement avec Clément Oudot. Il m’a paru à la fois convaincant et réaliste. Je n’ai pas encore un avis assez éclairé sur ces solutions, mais je repars avec une liste de sujets à creuser. Et c’est déjà beaucoup.

QSOS : évaluer l’open source avec méthode

J’ai ensuite découvert le projet QSOS, présenté par Jérôme Herledan (Genma) et Raphaël Semeteys de Worldline.

QSOS signifie Qualification and Selection of Open Source Software. En langage simple, c’est une méthode pour évaluer des logiciels libres. Elle permet d’analyser un projet open source selon plusieurs critères : sa maturité, sa communauté, sa licence, sa documentation, sa pérennité, ses usages, sa capacité à répondre à un besoin donné. L’objectif n’est pas seulement de dire « ce logiciel est libre », mais de comprendre s’il est adapté, maintenu, fiable, intégrable et pertinent dans un contexte précis.

La méthode QSOS avait été utilisée pendant de nombreuses années, notamment dans des études françaises de veille interministérielle, avant de connaître une période plus dormante. Une nouvelle version a été annoncée pour l’occasion, avec de nouveaux outils, une pile technique actualisée et un code toujours publié sous licence libre.

Cette présentation m’a donné envie d’aller plus loin. J’aimerais installer la solution et l’appliquer à ma propre (petite) infrastructure. Non pas pour produire une expertise définitive, mais pour comprendre ce que cela implique : évaluer les logiciels que l’on utilise, objectiver ses choix, identifier ses dépendances, mesurer ses angles morts. Pour ma curiosité personnelle, ce type d’approche est précieux. Il permet de passer du discours général à une grille de lecture plus concrète.

Open source : la viabilité passe aussi par les utilisateurs

La présentation de Valentina Del Prete, venue d’Italie et directrice générale de Seacom, portait un titre très clair : Why Customer Validation Is the Real Lifeline for Open Source Sustainability.

Son idée allait droit au but, et je dois reconnaître que j’aime beaucoup cette approche. Financer le développement open source par des subventions, des politiques publiques ou des dons communautaires est essentiel. Mais cela ne suffit pas. Pour qu’un projet open source soit viable à long terme, il faut aussi que des organisations réelles l’adoptent, s’appuient dessus et investissent dans son écosystème.

Cette idée peut sembler évidente. Elle ne l’est pas toujours dans les débats. On parle beaucoup de financement initial, de soutien public, de communs numériques, de contribution. Mais la durabilité d’un projet dépend aussi de sa capacité à rencontrer des usages concrets, des clients, des administrations, des entreprises, des équipes qui acceptent d’en faire un élément de leur système d’information. L’open source ne peut pas seulement vivre de conviction. Pour durer, un projet doit être utilisé, maintenu, financé et intégré dans de vraies organisations.

J’ai trouvé cette présentation très intéressante parce qu’elle rappelait une tension centrale : un projet libre peut être éthique, avoir une expérience utilisateur réfléchie, être utile, techniquement solide, et pourtant rester fragile s’il n’est pas réellement adopté, maintenu et soutenu dans le temps. Là encore, le sujet rejoint directement la souveraineté numérique. Une solution dite « résiliante » qui disparaît faute d’adoption ne renforce personne. La souveraineté exige aussi de la viabilité.

Pause déjeuner : XWiki, CryptPad et la promesse d’un nouveau test

La pause déjeuner fut l’occasion d’une autre belle rencontre : Ludovic Dubost, fondateur de XWiki et de CryptPad.

Nos débats ont porté sur la souveraineté numérique et les conséquences de la réélection de Trump II, avec sa nouvelle administration.

XWiki et CryptPad occupent une place particulière dans cet écosystème : outils collaboratifs, logiciels libres, enjeux de chiffrement, d’autonomie, de collaboration en ligne, d’alternatives crédibles aux grands services dominants. Ce sont précisément les sujets que j’essaie de traiter ici, avec mes mots et mon niveau d’expérience.

Message personnel pour Ludovic Dubost : promis, je vais refaire un test de CryptPad.

Et je le dis avec humilité : il y a des solutions que l’on croit connaître parce qu’on les a croisées une fois (ou deux…), essayées trop rapidement ou mises de côté un peu trop vite. Puis une discussion suffit à rappeler qu’un outil évolue, qu’un projet a une histoire, qu’une équipe porte une vision, et qu’il mérite parfois une seconde exploration.

Silex : vers un site plus léger ?

Toujours pendant le déjeuner, j’ai eu la joie de partager un moment avec Brice Martin, de whynotprod, et Alex Hoyau, co-fondateur (avec Moly Richez) de l’agence web Internet 2000 . Tous deux contribuent au projet Silex.

Silex est un éditeur visuel de sites statiques, libre et open source. Pour le dire simplement : il permet de créer des sites web sans dépendre d’une plateforme propriétaire de type Webflow, tout en produisant des pages légères, rapides, fondées sur les standards du web. L’outil peut aussi se connecter à un CMS (comme par exemple WordPress) ou à une API. Autrement dit, il devient possible de garder un back-office de publication, tout en générant un front-office statique plus simple, plus rapide et plus sobre.

La discussion m’a convaincu de tenter une expérimentation concernant la gestion de ce site. L’idée serait de continuer à utiliser WordPress pour la partie back-office, mais de tester une partie front-office plus légère via un site statique construit avec Silex. Pour un site qui parle de souveraineté numérique, de dépendances techniques, de sobriété, de performance et de réversibilité, l’expérience a du sens.

Silex a d’ailleurs reçu le Technology Award, ce qui confirme que le projet commence à être reconnu au-delà de son cercle initial. Là encore, je retrouve un motif récurrent de cette journée : des outils existent, des communautés travaillent, des alternatives se structurent. Encore faut-il les tester, les raconter et les mettre à l’épreuve.

Open Interop, ou la souveraineté par la cohérence des alternatives

J’ai malheureusement manqué la conférence de Julia Mouzon, du Comité Stratégique de Filière Logiciels et Solutions Numériques de Confiance, consacrée à Open Interop.

Le sujet mérite pourtant l’attention. Open Interop part d’un constat simple : l’Europe dispose déjà d’alternatives aux grandes solutions étrangères, qu’il s’agisse de postes de travail numériques, de plateformes cloud ou d’outils de cybersécurité. Mais pour que ces alternatives soient réellement adoptées, elles doivent mieux fonctionner ensemble. Les utilisateurs n’attendent pas seulement une collection de bons logiciels. Ils attendent des solutions cohérentes, intégrées, interopérables, capables de remplacer des suites dominantes sans recréer de nouvelles frictions.

Open Interop vise donc à définir et promouvoir des standards ouverts, des bancs de test et des implémentations de référence pour faciliter l’intégration des solutions européennes. C’est un sujet majeur. La souveraineté ne se joue pas uniquement dans l’existence d’alternatives, mais dans leur capacité à former un ensemble crédible, utilisable et maintenable.

À ce stade, je n’ai pas encore trouvé de documentation publique suffisamment complète sur Open Interop pour en proposer une présentation plus précise. J’ai donc pris contact afin d’obtenir des éléments officiels, une note de synthèse ou des sources complémentaires. Dès que j’aurai une réponse ou de la documentation fiable, je mettrai cet article à jour afin de partager les informations disponibles et les sources permettant de mieux comprendre cette initiative.

Si je n’ai pas assisté à cette présentation, c’est parce que j’ai été aspiré par une discussion d’un tout autre ordre, mais passionnante : celle des machines à voter.

Machines à voter : une discussion trop dense pour être résumée en quelques paragraphes

J’ai eu un échange particulièrement stimulant avec Benoît Sibaud autour des machines à voter. Benoît Sibaud est une figure de longue date du logiciel libre français : ancien président de l’April, webmestre de LinuxFr.org, ingénieur chez Orange, il travaille depuis longtemps sur les enjeux de logiciel libre, de transparence et de démocratie numérique.

Je ne vais pas tenter ici une synthèse de notre échange. Le sujet est trop vaste, trop sensible, trop important pour être résumé en quelques lignes sans risquer la simplification ou la mauvaise interprétation. Les machines à voter posent des questions démocratiques fondamentales : transparence, auditabilité, confiance, vérifiabilité, rôle du citoyen, limites de la technique dans un acte aussi essentiel que le vote.

Pour aller plus loin, j’invite plutôt à écouter l’épisode de RdGP consacré au sujet. Il en parle mieux que je ne le ferais ici, avec l’expérience et la précision nécessaires.

Cette conversation m’a toutefois rappelé une chose : le logiciel libre n’est pas une réponse automatique à tous les problèmes. Sur certains sujets, la question n’est pas seulement « le code est-il ouvert ? », mais « le processus démocratique reste-t-il compréhensible, vérifiable et maîtrisable par les citoyens ? ». C’est une nuance essentielle.

SBOM, Log4Shell et Cyber Resilience Act : voir ce qui compose nos logiciels

J’ai aussi manqué le début de la conférence d’Anthony Harrison, fondateur d’APH10 et cofondateur de SBOM Europe, et d’Olle E. Johansson, fondateur d’Edvina AB et également cofondateur de SBOM Europe. Leur intervention s’intitulait : State of the SBOM union: Are we ready for another Log4Shell ?

Le sujet du SBOM est directement lié à un article que j’avais déjà rédigé sur le Cyber Resilience Act. Un SBOM « Software Bill of Materials » peut se comprendre comme une nomenclature logicielle. C’est la liste des composants utilisés dans un logiciel : bibliothèques, dépendances, versions, briques tierces. L’idée est simple : pour sécuriser un logiciel, encore faut-il savoir de quoi il est composé.

Depuis des failles majeures comme Log4Shell, cette question est devenue centrale. Comment savoir si une organisation est exposée à une vulnérabilité si elle ignore quelles dépendances sont présentes dans ses produits ou ses services ? Comment gérer la conformité, la sécurité, les mises à jour, les responsabilités, sans visibilité sur la chaîne logicielle ?

SBOM Europe travaille précisément à construire une communauté européenne autour de cette transparence logicielle : comprendre, discuter, tester les outils, partager les bonnes pratiques et accompagner les organisations face aux nouvelles exigences réglementaires, notamment celles du Cyber Resilience Act.

Cette conférence confirmait une évolution majeure : la souveraineté numérique n’est pas seulement une affaire d’hébergement ou de nationalité des prestataires. Elle touche aussi à la transparence sur les briques techniques que l’on utilise au quotidien. Une organisation qui ne sait pas ce que contiennent ses logiciels ne maîtrise pas réellement son risque.

BlueMind : une piste française à tester

À la pause café, j’ai également rencontré Pierre Baudracco, président et fondateur de BlueMind.

Cette rencontre tombe à point nommé. J’ai déjà publié un article sur mon test de grommunio dans une logique de courriel souverain, de résilience et d’auto-hébergement. BlueMind mérite désormais que je m’y intéresse sérieusement. La solution s’inscrit dans un espace qui me semble stratégique : la messagerie collaborative, les agendas, les contacts, les usages quotidiens de l’entreprise et des organisations.

Le sujet a du sens dans ce que j’essaye de construire. Tester BlueMind en parallèle de grommunio permettra peut-être de mieux comprendre les forces, les limites et les cas d’usage de ces alternatives.

Et il y a un élément qui compte : BlueMind est une entreprise française, engagée depuis longtemps dans l’écosystème open source. Cela ne suffit évidemment pas à tout justifier, mais cela rend le test pertinent dans le cadre d’une réflexion sur la résilience et la souveraineté numérique.

De la souveraineté à l’indépendance technique

En fin d’après-midi, j’ai assisté au débat animé par Emiel Brok, ambassadeur international de la souveraineté numérique auprès de SUSE, accompagné notamment de Pierre-Yves Gibello, président d’OW2. Le débat portait un titre révélateur : « From sovereignty to technical independence » ou en français : De la souveraineté à l’indépendance technique

Les questions abordées étaient nombreuses :

  • Faut-il préférer des logiciels libres provenant de pays hors Union européenne ou des logiciels propriétaires européens ?
  • Faut-il avancer de manière radicale ou progressive ?
  • Pourquoi ne pas miser davantage sur la blockchain ?

Je ne vais pas en proposer ici une synthèse détaillée. Je pense que la vidéo du débat sera disponible prochainement et mérite d’être regardée directement. Mais le cadre général rejoint parfaitement les questions que je me pose depuis des années : la souveraineté numérique n’est pas un slogan. Elle se vérifie dans l’architecture, les dépendances, les contrats, les formats, les compétences, les choix d’achat, les capacités de migration et la possibilité réelle de continuer à fonctionner lorsque le contexte se dégrade.

Ce débat avait le mérite de sortir du mot-valise pour revenir à une question plus exigeante : qu’est-ce que la résilience permet réellement, et à quelles conditions ?

La fin d’une journée, le début de plusieurs idées

Avant de partir, j’ai eu l’honneur de pouvoir remercier Pierre-Yves Gibello, président d’OW2, et lui faire une promesse simple : revenir l’année prochaine.

J’ai aussi eu la chance, trop furtivement, de saluer Olivier Bouzereau, président et fondateur de PulsEdit, mais aussi membre actif de l’organisation de cet événement. PulsEdit accompagne des groupes de presse, éditeurs de logiciels, organisateurs de congrès et sociétés innovantes dans la réalisation de contenus stratégiques : guides, livres blancs, témoignages vidéo, cas clients, conférences, débats publics ou contenus communautaires. Là encore, un point de jonction apparaît entre technique, récit et transmission.

Alex Bourreau, des constats partagés et beaucoup de pistes à poursuivre

Pour terminer cette série de rencontres, j’ai longuement échangé avec Alex Bourreau, ingénieur et développeur engagé, notamment à travers sa nouvelle mission de gouvernance open source pour la BPCE.

Notre échange fut l’un des plus marquants de la journée. Nous avons longuement discuté du terme « souveraineté numérique », de ses usages, de ses limites, de ses angles morts, de l’évolution de l’open source, de ce qui fonctionne, de ce qui bloque, de ce qui manque encore. Ce fut passionnant parce que nos points de vue étaient complémentaires. Par moments, nous étions surpris de constater à quel point certains constats se rejoignaient, même lorsque nos chemins d’arrivée étaient différents.

Ce type de rencontre fait partie de ce que l’OW2con rend possible. On vient pour écouter des conférences, et l’on repart avec des idées qui mûrissent, des concepts à retravailler, des pistes d’articles, des tests à réaliser, des doutes plus précis et des intuitions plus solides.

J’espère revoir Alex Bourreau prochainement et poursuivre cet échange. En fin d’événement, c’était pour moi l’une des plus belles rencontres de la journée : celle qui permet de se dire que l’alchimie humaine d’un tel rendez-vous peut réellement faire grandir une réflexion.

Ce que j’ai retenu de cet événement

Je repars de cette journée avec beaucoup plus que des notes. Je repars avec des visages, des noms, des projets à tester (et des articles à rédiger), des conférences à rattraper via les rediffusions accessibles sous peu, des outils à installer, des sujets à creuser. Proxmox, QSOS, CryptPad, Silex, BlueMind, les enjeux IAM, les SBOM, Open Interop, la viabilité économique de l’open source : chacun de ces sujets pourrait devenir un article à part entière.

Mais je repars surtout avec le souvenir d’un accueil rare et de conversations d’une grande richesse.

Je ne m’attendais pas à trouver une communauté aussi accessible. Les échanges ne se sont pas construits autour de cartes de visite distribuées mécaniquement dans un certain « conformisme » , comme dans beaucoup d’autres salons. Au maximum, on échangeait un compte LinkedIn ou Mastodon. Le vrai vecteur de rencontre, ici, c’était la conversation. Les retours d’expérience. L’envie d’expliquer. La capacité à entendre des critiques constructives. L’absence de prétention. Le fait de ne pas prendre les autres de haut, même lorsqu’ils ne viennent pas du même monde professionnel.

Pour quelqu’un comme moi, qui ne vient pas du sérail, c’est précieux.

J’étais venu avec des questions sur ma légitimité. Je repars avec la conviction que ces sujets doivent justement sortir du seul cercle des spécialistes. L’open source ne gagnera pas seulement parce qu’il est techniquement pertinent. Il gagnera aussi s’il devient compréhensible, concret et accessible au plus grand nombre, et si les citoyens, les élus, les journalistes, les entrepreneurs, les enseignants, les associations et les utilisateurs peuvent se l’approprier.

L’OW2con m’a montré que ce passage est possible. Il existe des ponts à construire entre celles et ceux qui développent, maintiennent, structurent, financent et défendent ces solutions, et celles et ceux qui essayent d’en faire comprendre les enjeux auprès du grand public.

Une invitation pour la prochaine édition

Je ne peux donc que recommander de s’intéresser à l’écosystème OW2 et, si possible, de participer à la prochaine édition de l’OW2con. On peut y aller avec ses questions, ses limites, parfois ses hésitations, et en ressortir pourtant plus éclairé.

L’événement permet d’apprendre, de rencontrer, de confronter ses idées, mais aussi de découvrir des projets déjà solides, des communautés engagées depuis longtemps, des réussites concrètes, des limites, des tensions et des débats. C’est précisément cette richesse qui rend l’OW2con si précieuse : elle donne à voir un écosystème vivant, avec ses forces, ses questions et ses chemins encore ouverts.

Cette journée fut l’un des événements les plus enrichissants de mon année, à la fois sur le plan intellectuel et humain. J’y ai fait de belles rencontres, mais j’ai aussi confronté mes points de vue, et mieux compris certains angles morts de l’open source. Cela n’a fait que confirmer l’importance de mon sujet central : la souveraineté numérique.

Merci à OW2 pour l’organisation. Merci aux intervenants et aux personnes rencontrées pour leur générosité dans les échanges. Merci à celles et ceux qui prennent le temps de construire des alternatives ouvertes, souvent dans l’ombre, parfois avec trop de modestie.

Et surtout, merci Genma. Sans toi, je n’aurais probablement pas franchi cette porte. Grâce à toi, cette journée est devenue bien plus qu’une conférence : une étape importante dans ce long cheminement.

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