Le départ de Samuel Paccoud de la Direction interministérielle du numérique (DINUM) et la perspective d’une fondation pour LaSuite ouvrent un nouveau chapitre pour cette suite collaborative open source.

Avant même que cette fondation ne voie le jour, j’ai eu envie de réfléchir, sans prétention, à ce qu’elle pourrait devenir, aux attentes qu’elle pourrait susciter et aux questions que sa création soulèverait.

Dans un précédent article consacré au départ de Samuel Paccoud, j’avais exprimé le souhait de contribuer à la construction de cette future fondation, sans savoir encore sous quelle forme.

Depuis les débuts de cette expérience autour de la souveraineté numérique, j’essaie de ne pas m’en tenir aux constats et aux analyses. Comprendre et expliquer sont essentiels, mais j’ai aussi besoin de mettre les idées à l’épreuve du réel, d’expérimenter et, surtout, de faire.

C’est dans cet esprit qu’est née l’idée d’une correspondance publique avec Alexandre Berge.

Deux regards, des préoccupations communes

J’ai souvent cité, dans mes articles, les travaux d’Alexandre Berge, publiés sur Elegartech.
Ses analyses ont souvent nourri mes réflexions sur l’histoire de la DINUM, les politiques numériques publiques, LaSuite et la gouvernance des communs numériques.

Nous partageons plusieurs préoccupations : dépasser les déclarations d’intention s’agissant de la souveraineté numérique, construire de véritables capacités d’action et garantir la pérennité des projets face aux changements de priorités politiques.
Nous partageons également une conviction : ouvrir le code d’un logiciel ne suffit pas à en faire un commun numérique durable. Le financement, la gouvernance, l’indépendance et la place accordée aux différents contributeurs comptent tout autant.

Mais nous n’abordons pas ces sujets de la même manière : Alexandre Berge les connaît de l’intérieur de l’administration, je les observe en citoyen.

Alexandre Berge
Portrait d’Alexandre Berge

Alexandre Berge propose une lecture historique et institutionnelle des politiques numériques publiques. Elle s’appuie sur dix-huit années d’expérience dans les organismes de protection sociale, dont six à des postes d’encadrement dans l’informatique.
Ce parcours lui a permis d’éprouver concrètement les réalités administratives, les contraintes techniques et humaines, et la difficulté de transformer durablement les organisations. Il l’a prolongé par un travail universitaire sur les conditions d’émergence et de pérennisation des communs numériques au sein de l’administration.

Pour ma part, je m’attache surtout à rendre ces enjeux accessibles au grand public, avec une approche pédagogique et expérimentale.

Et depuis plus d’un an, les sujets autour de souveraineté numérique connaissent à nouveau un regain de ferveur : les acteurs et les citoyens se parlent, se retrouvent, échangent, comme si nous avions longtemps attendu de pouvoir le faire. J’y retrouve un peu l’esprit des débuts du web, celui des rencontres faciles et des échanges spontanés.

C’est dans ce contexte que cette proximité de préoccupations, comme cette différence de regards, m’a donné envie de contacter Alexandre : d’abord pour faire connaissance et confronter nos réflexions, puis pour lui proposer de les poursuivre autour d’une question commune : que pourrait signifier la création d’une fondation pour LaSuite, et sur quels points devrait-elle porter son attention en priorité ?

Alexandre Berge m’a fait l’honneur d’accepter un premier échange en visioconférence, puis le principe de cette correspondance.

Redonner une place à la correspondance

Nous avons choisi de mener cette réflexion sous la forme d’une correspondance publique.

La correspondance occupe depuis longtemps une place importante dans l’histoire des idées.
Elle permet de confronter ses convictions, de développer ses arguments et de faire évoluer ses positions au fil des échanges.

Nous avions envie de redonner vie à cette façon de réfléchir ensemble. À la différence d’une discussion immédiate, la correspondance laisse à chacun le temps de lire, de prendre du recul, d’approfondir une idée et de rédiger une réponse argumentée. Elle garde aussi la trace d’un raisonnement qui se construit progressivement, sans obligation de parvenir tout de suite à un accord.

Cet article sera le point de départ d’une série d’échanges publics avec Alexandre Berge.

Chacun de notre côté, nous allons réfléchir à ce que pourrait devenir une fondation pour LaSuite : les attentes qu’elle pourrait susciter, les difficultés qu’elle devrait anticiper, les principes qui pourraient guider sa construction.
Ces premières réflexions nourriront ensuite nos réponses respectives, dans un échange que chacun pourra suivre.

L’objectif n’est ni de produire une doctrine, ni de prétendre détenir toutes les réponses.
Il s’agit de confronter nos idées, d’identifier nos points d’accord et de désaccord et, lorsque cela sera possible, de faire émerger quelques propositions utiles.

Une initiative citoyenne, ouverte à tous

À ce jour, la fondation LaSuite n’est pas constituée, et cette correspondance est née sans avoir été demandée par quiconque. Elle ne s’inscrit dans aucun cadre officiel et ne repose sur aucun mandat.

Il s’agit simplement de l’initiative de deux personnes intéressées par l’avenir de LaSuite, qui souhaitent contribuer à la réflexion sans rien imposer ni donner de leçons à celles et ceux qui portent et développent déjà le projet.
Les orientations et les décisions concernant cette éventuelle fondation ne nous appartiennent évidemment pas.
Les fondateurs resteront libres de retenir ou non les idées qui pourraient émerger de cette démarche, avec les personnes et les organisations qui participeront à la construction de la fondation.

Mais l’absence de cadre officiel ne change en rien, à mes yeux, l’intérêt d’engager dès maintenant une réflexion citoyenne.

J’aimerais d’ailleurs que cette correspondance ne se limite pas à nos deux voix.
Les lecteurs de ce site sont invités à y prendre part : partagez vos attentes, vos questions ou vos propositions dans l’espace de discussion de cet article ou via le formulaire de contact.
Que vous soyez développeur, agent public, entrepreneur, utilisateur de logiciels libres ou simplement citoyen soucieux de votre autonomie numérique, votre expérience et vos préoccupations ont toute leur place dans ce dialogue.

Ces contributions pourront nourrir mes réflexions et, pourquoi pas, certaines de mes réponses à Alexandre Berge, en faisant émerger des idées auxquelles nous n’aurions peut-être pas pensé.

Après tout, si une fondation a pour ambition de faire de LaSuite un véritable commun numérique, il est cohérent de s’intéresser dès maintenant aux attentes de celles et ceux qui pourraient demain l’utiliser, la soutenir ou participer à son développement.

Et si cette correspondance, enrichie de vos propositions, peut un jour être utile à celles et ceux qui construiront cette fondation, nous aurons, modestement, apporté notre pierre à l’édifice.