D’habitude, ici, je parle d’outils, de solutions, de briques techniques. Cette fois, je veux parler d’une personne. Parce qu’il existe, dans le paysage français, des voix qui font du bien à la souveraineté numérique pas par posture, mais par lucidité, par cohérence, par capacité à embarquer. Quentin Adam est de celles-là.
J’ai pour lui un profond respect : Je le trouve brillant, et sa façon d’embarquer, d’éclairer, de faire comprendre, sans tomber dans la simplification est trop rare chez nous (les derniers à m’avoir fait cet effet étaient Tristan Nitot et Tariq Krim).
Cet article est donc une mise en lumière, modeste, mais volontaire et aussi une réponse à son appel : celui de ne plus laisser le sujet de la souveraineté aux seuls lobbies et aux seules incantations.
Mais d’abord Clever Cloud, c’est quoi ?
Clever Cloud est une entreprise française qui fournit un “cloud” clé en main : au lieu de louer des serveurs et de tout configurer soi-même, vous mettez simplement votre application en ligne et Clever Cloud s’occupe du reste : installation, mise à l’échelle quand il y a plus de visiteurs, mises à jour techniques … Par rapport aux géants comme AWS, Azure ou Google Cloud, son positionnement est plus simple et « sans prise de tête”, avec en plus l’argument d’un hébergement européen pensé pour les exigences de protection des données. Le vrai truc en plus, c’est ce mélange de simplicité (on déploie vite), d’automatisation (la plateforme gère beaucoup de tâches à votre place) et d’accent mis sur la sécurité/conformité.
Et côté réputation, l’entreprise est globalement bien perçue, avec des avis clients plutôt très bons, notamment sur la fiabilité et le support.
Le discours que son fondateur Quentin Adam martèle, lui, est limpide :
Notre but, c’est de rendre les développeurs heureux et efficaces et de fournir une plateforme de cloud avec des valeurs européennes un peu partout dans le monde
Maintenant que le décor est posé, je vais vous parler de sa conférence, de ce que j’en retiens comme points clés et surtout de la manière dont nous pouvons, chacun à notre niveau, l’aider concrètement dans ce combat pour la souveraineté numérique.
Ce qui m’a frappé : un récit qui tient debout, du début à la fin
Crédit vidéo : Codeurs en Seine
1. Il commence par un tabou : “Nous sommes riches” et il explique pourquoi
Dans une période de déclassement ressenti, d’inégalités visibles, de fatigue collective, il ose une phrase qui surprend : l’Europe est riche. Puis il remonte loin : industrialisation, commodités, automatisation, outils de production. Ce n’est pas de la nostalgie : c’est une rampe de lancement. Parce que sa thèse est simple, et redoutable : nous vivons une nouvelle révolution industrielle non plus basée sur la force de nos bras, mais sur le travail intellectuel.
2. Il raconte l’IA sans la magie, et sans la panique
Là où beaucoup vendent soit l’apocalypse :“tout le monde va perdre son boulot”, soit le miracle “ça va tout résoudre”, lui s’en sert comme d’un scalpel : l’IA automatise ce qui est répétitif, ingrat, industrialisable et libère (potentiellement) du temps humain pour ce qui compte : concevoir, arbitrer, créer, comprendre. Son analogie “industrie vs IA” fonctionne parce qu’elle n’est pas décorative : elle sert toute la démonstration économique qui suit.
3. Il fait de la pédagogie… sans vous prendre pour un idiot
Descartes, le réductionnisme, Edgar Morin, la complexité, la vision, l’apprentissage : il convoque des idées exigeantes mais les rend utilisables. Et surtout, il formalise une “recette” très parlante : données + logiciels + puissance de calcul (cloud). Autrement dit : ce n’est pas “juste une IA”, c’est une chaîne de valeur industrielle. Et si vous ratez un maillon, vous vous racontez des histoires sur “la vague d’après” et vous ne produisez rien.
4. Le passage le plus puissant : l’IA comme porte d’entrée de la robotisation
Le moment où il fait lever la salle sur une jambe (via le concept de proprioception) n’est pas un gimmick : c’est une transition.
IA + capteurs = robotique utile.
Et il ajoute un point très rare dans ce type de conférence : il reconnaît s’être trompé, avoir sous-estimé la vitesse. Dans un monde saturé de certitudes performatives, cette capacité à dire “j’avais tort” est presque un marqueur de sérieux.
5. Son avertissement sur l’Europe n’est pas moral, il est industriel
Le cœur de sa claque, c’est ça : le décrochage européen est structurel, et il s’est accéléré avec le basculement numérique. Il ne parle pas seulement de confort ou de compétitivité : il parle de capacité à rester un continent qui choisit, au lieu d’être un continent qui consomme. Et il lie souveraineté et économie d’une phrase implicite :
Si vous ne maîtrisez pas vos outils de production numériques, vous financez ceux des autres et vous vous étonnez ensuite de manquer de marges de manœuvre.
Quand il parle d’affrontement, ce n’est pas théorique
Quentin Adam ne se contente pas de commenter les GAFAM : il revendique son expérience du rapport de force via Open Internet Project (il en est le président) notamment contre Google, avec une série de victoires juridiques qu’il met en avant comme preuve que “résister” n’est pas qu’un mot.
Et il pointe un fait trop souvent sous-estimé : en face, il y a des moyens massifs. Le lobbying du numérique à Bruxelles atteint des niveaux record, avec des dizaines (voire plus) de millions d’euros annuels mobilisés par les plus gros acteurs.
Le point politique : le risque de “techno-féodalisme”
Quand il parle de dérive, il ne fait pas du cinéma : il met des mots sur une pente où la souveraineté se dissout dans la dépendance : plateformes, cloud, données, normes. Il s’appuie notamment sur l’idée de “techno-féodalisme” associée à Yanis Varoufakis, qui décrit un capitalisme où la rente (et le contrôle) remplace progressivement la logique de marché classique.
On peut discuter des termes, des contours, des exagérations possibles, mais la question posée est la bonne : qui possède l’infrastructure, qui fixe les règles, et qui encaisse la rente ?
Son appel à l’aide est très concret : parler aux décideurs, maintenant !
Le passage que je veux amplifier, parce qu’il est d’utilité publique, c’est celui-ci :
Allez parler aux politiques. Écrivez à vos maires, députés, sénateurs.
Proposez-leur de consacrer 40 minutes à cette conférence, et transmettez-la leur !
L’objectif n’est pas de faire peur, mais de faire comprendre. Tant que ceux qui légifèrent et tranchent n’auront pas pleinement intégré que le cloud et l’IA constituent désormais des outils de production de notre souveraineté numérique et donc de notre avenir, nous continuerons à réduire ces enjeux à un banal “acte d’achat de solutions informatique”, alors qu’ils relèvent, en réalité, d’un choix industriel.
Et c’est précisément là que Quentin Adam touche juste : il ne se contente pas d’aligner des constats, il construit un récit qui rend la souveraineté tangible. Il relie les briques : cloud, IA, chaîne de valeur, dépendances, à une trajectoire, à des responsabilités, à un choix collectif et, ce faisant, il crée ce qui manque le plus souvent en France : une histoire qui rassure, qui donne envie, et qui fédère au-delà des aspects techniques. On peut avoir les meilleurs outils du monde, si personne n’a confiance, si personne ne comprend l’enjeu, si personne ne se sent concerné, alors rien ne décollera “tout seul”. Ce type de discours, clair et incarné, c’est exactement ce qu’il faut pour transformer la souveraineté numérique en mouvement : des preuves, des visages, une méthode, et une aventure à raconter pour que l’on cesse de subir et que l’on commence, enfin, à construire
À vous qui lisez, aidez-moi, aidez Quentin Adam : prenez ces 40 minutes pour visionner cette vidéo. Et faites-la circuler.
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