mosa.cloud : quand LaSuite crée un cercle vertueux de souveraineté numérique

Si vous me lisez régulièrement, vous le savez : j’aime beaucoup LaSuite et je lui ai d’ailleurs consacré pas mal d’articles :

Alors pourquoi en reparler ? Parce que c’est l’une des rares fois où je constate qu’il est en train de se passer quelque chose de concret.

Déjà, c’est l’une des premières fois que je vois un produit aussi bien abouti, et ça fait un bien fou. Depuis des années, j’espérais cela. Ensuite, parce qu’en créant ce type d’écosystème et de solution, il se passe exactement ce qui devait se passer : l’émulation, l’enthousiasme, la créativité.

Depuis que je m’intéresse à LaSuite, j’ai reçu énormément d’aide, de retours, de nouvelles visites, et j’ai fait des rencontres, eu des échanges, et vu arriver de nouveaux abonnés sur mon profil Mastodon. Cela m’a ouvert de nombreux horizons, avec des discussions passionnantes, toujours ouvertes, curieuses, et portées par une vraie indulgence, et beaucoup d’attention.

Je ne suis pas développeur, mais ce monde n’est donc pas totalement nouveau pour moi, parce que je m’y intéresse depuis des décennie et je retrouve à chaque fois cette forme de jeunesse dans les échanges. Comme si nous venions tous, de découvrir quelque chose d’extraordinaire. Comme si nous avions tous, envie que cela fonctionne, parce que nous avions compris l’intérêt commun de ce que nous étions en train de vivre.

C’est d’ailleurs ce qui m’a amené, lors d’un échange sur le canal Matrix de LaSuite, à faire la connaissance de Riël Notermans : Néerlandais et entrepreneur, il est l’un des fondateurs avec Niels Kersic de mosa.cloud. Ils ont décidé de s’attaquer à une intégration de LaSuite pour en faire une solution clé en main.

Nous avons échangé et, très vite, il m’a parlé d’un autre aspect que j’évoquais déjà dans un précédent article : la langue, et la possibilité pour LaSuite de s’exporter grâce à une gestion multilingue solide.

Au fil de la conversation, je comprends qu’il a créé mosa.cloud. Et rapidement, je saisis que c’est une solution de souveraineté numérique européenne :

Mosa tire son nom de la rivière qui traverse Maastricht, la ville où l’Union européenne🇪🇺 a vu le jour. Tout comme ce traité a uni les nations dans un esprit de collaboration, nous perpétuons cet esprit à travers les logiciels open source.

Sans forcément réussir, au début, à faire le lien direct avec LaSuite. Puis Riël me partage un accès bêta. Et là, je découvre une évidence : c’est une intégration réussie de LaSuite.

À ce moment-là, je suis littéralement scotché. Je ne m’attendais pas à une intégration aussi aboutie et surtout, aussi rapidement.

Voici donc mon retour complet : ce que j’en pense, ce qui fonctionne déjà très bien, et ce qui reste à consolider. Mais, sincèrement, nous sommes sur la bonne voie. Et c’est plus qu’encourageant.

J’arrive sur le site et je comprends vite que c’est une suite collaborative « sans compromis« , et surtout qu’ils promettent : le contrôle de nos données. L’offre est open-source et 100 % hébergée en Europe.

Je découvre aussi que l’offre regroupe Docs (avec une couche IA via « Assistant« ), Fichiers, Visio (Meet), Messagerie, et même un chat via Matrix, sur le même modèle que Tchap. Ils annoncent également, prochainement, l’intégration de Grist (une solution comparable à Excel ou Google Sheet).

Un avantage saute immédiatement aux yeux : le modèle « nombre illimité d’utilisateurs inclus« . Le tarif, lui, démarre à 199 € par mois, en fonction de l’utilisation des ressources.

Avant d’aller plus loin et pour que les lecteurs qui n’ont pas l’habitude de me lire aient tout de suite le bon repère, je veux préciser une chose : cette solution évoquée est une concurrente directe de Microsoft 365 (Copilot) et de Google Workspace.

Sur le site, on trouve aussi toute une partie consacrée à la sécurité et à l’authentification unique : « Intégrez votre propre fournisseur OIDC, SAML ou LDAP« . Je ne vais pas m’attarder sur ce point, parce que je n’ai ni la légitimité ni les connaissances suffisantes pour trancher proprement. Je préfère laisser les experts et ceux qui cherchent précisément ce niveau de détail, juger par eux-mêmes des choix techniques et de leurs avantages.

Pour en savoir plus sur l’entreprise, il y a une page LinkedIn et une page GitHub.

Concrètement et à date, on a une solution souveraine capable de remplacer une partie de Google Workspace. Je dis « une partie » parce qu’on y trouve l’équivalent de Google Docs, Gmail, Google Meet, Google Drive et Google Chat. En revanche, je n’ai pas trouvé de calendrier (l’équivalent de Google Calendar), ni d’équivalent à Google Sheets.

Cela dit, tout n’est pas figé : comme je le disais plus haut, Grist est annoncé prochainement. Et une fois connecté à l’espace, on aperçoit également que les fonctionnalités « Calendrier » et « IA » sont indiquées comme bientôt disponibles. Autrement dit, l’équipe a parfaitement conscience de ce qui manque. Pour moi, ce sont d’ailleurs les deux seuls points réellement bloquants et encore, ils restent relativement légers à ce stade.

Autre point, un peu plus critique sur la forme, mais pas franchement handicapant : la traduction du site. Aujourd’hui, il est uniquement disponible en anglais. C’est dommage, d’autant plus que les outils issus de LaSuite, eux, sont bien proposés en français, anglais, allemand et néerlandais.
Modification du 27 janvier : le site est maintenant traduit en français 🇫🇷 !

Je vais maintenant m’attarder sur le concret, c’est-à-dire l’intégration de LaSuite à travers la proposition d’interface de mosa.cloud.

Accueil de Mosa.Cloud Souverain

Sur le tableau de bord, on retrouve bien certaines applications citées plus haut, et pour Docs, un lien permet même de créer un document directement.

Docs

docs lasuite mosacloud souverain

Quand je bascule dans l’interface, je ne suis pas perdu : c’est en français, et c’est exactement la même expérience que sur mon instance… à trois exceptions près :

  • La couleur du thème : rien de bloquant, c’est une question de préférence, un choix d’identité visuelle.
  • “ajouter une image au document” fonctionne bien : chez moi, elle ne fonctionne pas encore (il y a un ticket en ligne pour demander la correction).
  • Le point le plus important, que je n’ai pas non plus sur mon instance : l’intégration de l’IA dans un document. Et là, c’est vraiment pratique, parce que j’ai accès à toute une palette d’options pour améliorer mon contenu : utiliser comme un prompt, reformuler, résumer, corriger, embellir, “emojifier”, et gérer la langue (traduction).
IA Assistant Docs mosacloud laSuite souverain

Meet (Visio)

Meet visio mosacloud LaSuite souverain

Même constat, tout fonctionne parfaitement. J’ai deux options supplémentaires par rapport à mon instance : la transcription et l’enregistrement.

transcription LaSuite souverain meet visio mosacloud

J’ai testé la transcription. C’est la première fois que j’essaie ce type de fonctionnalité, donc je n’ai pas de point de comparaison. Mais après quelques secondes, je reçois bien un fichier via l’application Docs. Je peux confirmer que ça fonctionne. Est-ce que cela me servira au quotidien ? Je n’ai pas encore d’avis définitif, mais la promesse est tenue.

J’ai également tenté d’enregistrer la visioconférence, mais cela n’a pas fonctionné : j’ai obtenu le message d’erreur suivant :

meet vision mosacloud souverain enregistrement video LaSuite

Je ne vais pas trop m’attarder sur ces deux fonctionnalités : elles ne sont pas bloquantes pour organiser une réunion avec un collaborateur, et il me semble que, du côté de LaSuite, ces options étaient encore en bêta.

Sur Docs et Meet, j’avais déjà écrit des articles, donc je ne vais pas développer davantage. Je peux simplement vous garantir une chose : ces applications sont beaucoup mieux intégrées que sur mon instance, et elles fonctionnent parfaitement. J’ai hâte d’avoir ces mêmes fonctionnalités sur mon serveur YunoHost.

Je vais m’attarder davantage sur Drive (Fichiers) et Mail (Messagerie), car ce sont des services que je n’ai pas pu tester jusqu’ici. Il n’existe pas encore de paquet sur YunoHost : je n’aurai donc pas de point de comparaison.

Drive (Fichiers)

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L’interface est sobre et fonctionnelle, tout ce que j’aime. Le glisser-déposer marche pour importer des fichiers dans mon espace. Il est possible de créer un “espace partagé” qui, comme son nom l’indique, permet de partager l’ensemble des documents d’un dossier avec toute son équipe. On retrouve les fonctionnalités de base qu’on attend d’un tel outil.

Côté compatibilité, j’ai réussi à importer des fichiers .PDF, .DOC, .XLS, .JPG et .PPT. Pour la lecture et l’édition, mosa.cloud a fait le choix d’utiliser Collabora Online (l’intégration est également possible via OnlyOffice)

Je n’irai pas plus loin dans l’analyse de ce choix ni dans celle de l’intégration de Collabora Online : je n’ai pas réussi à l’installer sur mon serveur YunoHost, donc je manque d’expérience et surtout d’objectivité. Mais sur le principe, l’application tient sa promesse. Et je sais déjà que le jour où « Fichiers » sera disponible sur YunoHost, je l’installerai.

Mail (Messagerie)

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Passons à la dernière partie, celle qui, pour moi, est la plus critique. Parce que j’ai le souvenir très clair que, chez Google, Gmail a été la porte d’entrée, le point d’accroche et c’est ensuite que les usages se sont enchaînés, jusqu’à rendre le reste presque “évident”, notamment avec Google Docs.

Je n’avais jamais vu l’interface de Mail avant de la découvrir sur mosa.cloud (j’ai trouvé uniquement, une interface très ressemblante, d’une version Alpha), donc j’arrive avec un œil neuf. Et je sais aussi que mes attentes ne relèvent pas vraiment de mosa.cloud, mais bien de LaSuite. Mes remarques, vous l’aurez compris, s’adressent surtout aux équipes de LaSuite.

Première impression : une très bonne surprise

Sur l’interface : c’est une bonne, même une très bonne surprise. C’est simple, sobre, très lisible. Et pour viser une adoption rapide, voire massive, c’est un point essentiel (c’était aussi une des stratégies de Google, au moment du lancement de Gmail).

Je ne vais pas faire un test exhaustif d’un webmail, mais voici, selon moi, ce qui manque encore pour être pleinement au niveau des concurrents :

  • Pas de choix de vue : je n’ai, pour l’instant, qu’une seule disposition possible pour le volet de lecture, et les messages sont uniquement en vue “conversation”.
  • Pas encore d’intégration des contacts ni du calendrier, même si, comme je l’évoquais plus haut, le calendrier semble prévu prochainement par l’équipe de mosa.cloud.
  • Peu d’options globales : il y a bien une fonction de filtres, mais elle m’a semblé à la fois trop simpliste… et pas assez visible (il fallait la trouver). Le principe est surprenant : il suffit de demander à l’IA, et elle se charge de ranger vos courriels dans les bons labels. J’ai testé : ça marche. Mais c’est déconcertant. Pourquoi ? Parce que c’est presque trop simple pour être vrai… et pourtant, ça fonctionne.
    Exemple via un scénario très basique : « si je reçois un courriel de contact@email.ovh, place-le dans le label « test », je n’ai pas été plus loin dans les différents scénarios possibles, faute d’un lien clair vers une aide ou une documentation sur les règles réellement supportées par Mail (Messagerie).
label mail messagerie mosacloud LaSuite souverain
  • Un détail d’UX : lorsque je rafraîchis / relève mes courriels, le bouton fonctionne peut-être, mais il n’y a pas de retour visuel (animation, indicateur, confirmation) permettant de sentir que la messagerie travaille vraiment.
rafraichir mail messagerie LaSuite souverain mosacloud
  • Rédaction d’un message : là encore, c’est presque parfait. Interface simple, sobre : j’adore. Mais les options CC et BCC sont, à mon avis, trop discrètes. Et surtout, l’éditeur est trop léger pour mon usage : je ne peux pas intégrer une image dans le corps du message (uniquement en pièce jointe). Je ne peux pas non plus programmer un envoi, dommage, c’est une fonctionnalité très utile.
ecrire nouveau message LaSuite mail messagerie mosacloud souverain

Concernant l’intégration de Drive (Fichiers), c’est fonctionnel, même si l’ouverture dans une nouvelle fenêtre n’est pas, à mon sens, le meilleur choix : j’aurais préféré, comme sur Gmail avec Google Drive, une intégration dans une lightbox directement dans l’interface.

Au final, je trouve que Mail (Messagerie) est déjà un bon produit : une belle porte d’entrée, capable de convaincre largement et de faciliter l’adoption. Mais j’attends tout de même l’étape suivante : une intégration complète, avec contacts et calendrier, pour pouvoir dérouler toute la chaîne : Envoyer un courriel à un ami présent dans mon carnet d’adresses, y glisser une invitation à une réunion à telle date, puis cliquer sur un lien qui déclenche automatiquement la visioconférence dans Meet (Visio)… C’est là qu’on atteindra le Graal.

Conclusion

mosa.cloud est pour l’instant, à mes yeux, l’un des plus beaux signaux que LaSuite pouvait envoyer.

Parce que c’est exactement ce que j’espérais voir arriver, et que j’évoquais déjà dans un précédent article : le moment où une solution souveraine cesse d’être un objet « à regarder », pour devenir un socle « à bâtir ». Le moment où le code open source, porté par un effort public patient et exigeant, franchit une étape décisive : il devient industrialisable, intégrable, commercialisable, déployable et sans douleur, sans complexe. Il devient, enfin, une offre sérieuse !

Ce que mosa.cloud réussit ici, ce n’est pas seulement une belle intégration. C’est une démonstration de chaîne complète : un socle open source solide (LaSuite), une équipe qui s’en empare, une interface cohérente, un packaging, un modèle économique, et une promesse lisible pour n’importe quelle organisation. Autrement dit : la preuve qu’un commun numérique peut engendrer un marché sans se renier. Et ça, dans l’histoire des alternatives européennes, c’est rarissime. On a souvent eu des briques. On a rarement eu l’assemblage.

J’ai souvent insisté sur un point : une solution souveraine ne devient vraiment crédible que lorsqu’elle est adoptée par des organisations qui n’ont pas le droit à l’erreur : énergie, transport, santé, télécoms, industrie, infrastructures, recherche, défense. Pas par posture, mais parce que ces acteurs vivent sous contrainte : sécurité, continuité de service, résilience, conformité. Et si une solution tient dans ces contextes-là, alors elle n’est plus un “pari” : elle devient un standard possible.

mosa.cloud n’est pas une entreprise stratégique d’un État. Mais c’est, précisément, une entreprise européenne qui bâtit un modèle économique sur cette base open-source qu’est LaSuite. Et c’est pour cela que c’est si important : parce que cela montre que le scénario n’est pas seulement souhaitable, il est possible. Maintenant. Avec du réel. Avec une offre. Avec une trajectoire.

Et j’insiste : cela devrait donner des idées à des entreprises françaises. Des intégrateurs, des ESN, des hébergeurs, des fournisseurs d’accès à internet, des éditeurs, des cabinets de conseil, des acteurs « terrain » capables d’accompagner la migration, de former, de documenter, de sécuriser, d’interfacer, de maintenir. Bref : de faire ce que le marché fait toujours quand il y a enfin une base crédible. Construire autour. Professionnaliser. Déployer. Et, surtout, diffuser.

Car c’est là que le cercle vertueux prend toute sa force. Une startup s’empare d’un socle public, le transforme en solution clé en main, convainc des organisations, finance des développements, crée des retours d’expérience, forme des compétences, et alimente progressivement l’écosystème. Et, à la fin, ce ne sont pas seulement des logiciels qu’on gagne : ce sont des métiers, des savoir-faire, des experts, des consultants, des administrateurs, des formateurs, des référents internes. Une génération qui n’est plus condamnée à déployer du GAFAM par défaut, mais qui peut choisir, parce que, cette fois, le choix existe. Avec de vrais produits. Avec une vraie expérience. Avec de vraies équipes.

Alors oui, tout n’est pas terminé. Il reste des briques à consolider. Il reste des standards à atteindre. Il reste ce « niveau Gmail à franchir pour déclencher l’adoption massive. Mais ce que je vois, ici, est déjà essentiel : la pente s’est inversée. On n’est plus dans l’attente d’un hypothétique grand soir de la souveraineté. On est dans la construction, dans l’industrialisation, dans la diffusion. Dans quelque chose qui ressemble enfin à une stratégie gagnante.

Et au fond, c’est peut-être ça, la meilleure définition de la souveraineté numérique : non pas l’isolement, mais la capacité à faire naître, sur nos territoires, des solutions qui circulent, se déploient, s’améliorent, s’exportent, et deviennent incontournables. LaSuite a posé le socle, mosa.cloud prouve que ce socle peut porter. À nous, maintenant, de le faire vivre et d’en faire un horizon.

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