Courriel, agenda, drive, documents, tableur et visioconférence : pourquoi Proton devient, à mes yeux, l’une des alternatives européennes les plus crédibles à Google Workspace.
Depuis plusieurs années, ma réflexion sur la souveraineté numérique avance par étapes. Je n’ai jamais vraiment cru aux ruptures décrétées du jour au lendemain, à ces départs presque héroïques où l’on prétend quitter Google ou Microsoft en une nuit, sans rencontrer quelques frictions, sans abandonner certains réflexes, sans hésiter, sans parfois revenir sur ses pas. Dans la vraie vie, la migration numérique ressemble plutôt à un cheminement patient : on teste, on hésite, on compare, on se trompe parfois, puis on finit par déplacer un service, puis un autre.
C’est dans cet esprit que je veux parler aujourd’hui de Proton. Non pas de toutes ses solutions, car l’écosystème est désormais large : Proton Mail, Proton Calendar, Proton Drive, Proton Docs, Proton Sheets, Proton Meet, Proton VPN, Proton Pass, Proton Wallet, Lumo AI, Proton Authenticator… La liste s’allonge vite. Proton présente d’ailleurs désormais ses services comme un véritable écosystème, visible dans son offre et ses pages produits.
Mais dans ce retour d’expérience, je veux volontairement réduire le champ. Je ne vais pas m’attarder sur Proton VPN, Proton Pass, Proton Wallet ou Lumo AI, même si ces produits mériteraient chacun un article séparé. Mon sujet ici est plus précis : Proton comme suite bureautique et collaborative, autour de Proton Mail, Proton Calendar, Proton Meet, Proton Drive, Proton Docs et Proton Sheets, avec un petit détour rapide par Proton Authenticator.
Mon passage à Proton Mail : une migration qui ne s’est pas faite du jour au lendemain

Il faut repartir du commencement : le courriel.
J’ai déjà raconté en détail pourquoi j’ai quitté Gmail. Comme beaucoup, j’ai longtemps utilisé les services de Google parce qu’ils étaient pratiques, bien conçus, presque évidents. Gmail, Google Calendar, Google Drive, Google Docs, Google Meet : tout fonctionnait, tout était intégré et semblait gratuit. Puis les questions sont venues : que devient ma vie privée ? Que fait Google de mes données ? Pourquoi une telle qualité de service est-elle offerte sans contrepartie financière ? Et surtout : pourquoi avons-nous si peu d’alternatives européennes réellement confortables à proposer au grand public ?
Mon départ de Gmail n’a donc pas été un geste impulsif. J’ai d’abord accepté de payer pour un service de courriel indépendant avec Fastmail. Puis j’ai franchi une étape décisive : utiliser mon propre nom de domaine afin de ne plus dépendre d’une adresse liée à un fournisseur. Cette étape m’a donné une liberté très concrète : si je change de prestataire, mon adresse reste la même. Je ne suis plus prisonnier d’une adresse en @gmail.com ou autre.
J’ai aussi envisagé d’autres pistes : le courriel fourni par un F.A.I, l’auto-hébergement, un serveur maison. Mais très vite, j’ai compris qu’héberger soi-même une messagerie fiable ne s’improvise pas. Derrière une simple adresse e-mail se cachent des choix techniques exigeants : DNS, sécurité, SMTP, IMAP, lutte contre le spam, réputation d’adresse IP, sauvegardes, maintenance. À ce stade, il me fallait un compromis : plus d’indépendance, plus de confidentialité, mais sans faire de chaque message envoyé une petite épreuve d’administration système…
C’est là que Proton Mail est devenu, progressivement, mon choix par défaut. Je n’ai pas basculé immédiatement avec un enthousiasme aveugle. Au départ, je trouvais Proton moins confortable que Gmail. L’interface me paraissait plus austère, certaines options moins évidentes, l’ensemble moins fluide. Mais Proton a beaucoup évolué. Aujourd’hui, je peux dire que Proton Mail répond à l’essentiel de mon besoin : une messagerie moderne, financée par ses utilisateurs, pensée autour de la confidentialité, avec calendrier, contacts, alias, filtres et applications mobiles solides.
Je ne dis pas que tout est parfait. Je continue d’espérer voir émerger un équivalent français aussi abouti, et je reste prêt à tester toute solution sérieuse qui apparaîtrait. Mais, pour l’instant, Proton Mail reste l’une des rares alternatives qui me permette de sortir de Gmail sans avoir l’impression de revenir vingt ans en arrière.
Proton Drive, Docs et Sheets : la question du quotidien

Après le courriel, l’autre grand chantier, c’est la bureautique.
J’ai beaucoup utilisé Google Docs et Google Sheets. Dans mon usage personnel et professionnel, ces deux outils avaient fini par remplacer Word et Excel dans la majorité des cas. Je pensais avoir gagné une petite bataille contre Microsoft, avant de constater que j’avais surtout remplacé un GAFAM par un autre. C’était confortable et plus pratique, oui. Mais ce n’était pas vraiment ce qu’on appelle de l’émancipation.

Lorsque j’ai testé Proton Sheets, ma question était simple : peut-il vraiment remplacer Google Sheets ? Ma réponse reste nuancée. Proton Sheets ressemble beaucoup à Google Sheets, et c’est déjà une bonne nouvelle. On ne repart pas de zéro, on retrouve une logique familière, on comprend rapidement où cliquer. Mais Google reste encore devant sur l’ergonomie pure, les micro-détails, la documentation, les fonctions immédiatement visibles et certains comportements qui paraissent secondaires jusqu’au moment où ils deviennent essentiels.

Pourtant, c’est précisément cette proximité qui m’intéresse. Concernant Proton Docs et Proton Sheets, ce sont aujourd’hui, parmi les solutions que j’ai testées, celles qui se rapprochent le plus de l’expérience Google Docs et Google Sheets. Et ce point est important : il n’y en a pas trop, mais il y en a suffisamment. Je veux dire par là que Proton n’a pas essayé de réinventer entièrement la bureautique en ligne. L’interface reste lisible, les usages de base sont là, et l’on peut imaginer une migration sans grand « traumatisme ».
C’est exactement ce que je cherche : retrouver assez de confort pour quitter Google Docs et Google Sheets sereinement. Pas pour le plaisir de copier Google. Mais parce que l’adoption passe aussi par des repères. Lorsqu’un utilisateur veut partir d’un outil dominant le marché, il ne demande pas toujours une révolution conceptuelle. Souvent, il demande simplement : “Est-ce que je peux continuer à travailler sans perdre mes habitudes essentielles ?”
Sur Proton Docs, je suis plus prudent. J’ai testé, j’aime bien, et je trouve le produit prometteur. Mais pour l’instant, je m’en passe. J’ai installé LaSuite Docs, j’en suis satisfait, et il m’a déjà fallu du temps pour réussir à quitter Google Docs au profit d’une autre solution. Je n’ai donc pas encore de raison suffisamment sérieuse pour changer à nouveau. Dans une migration numérique, il ne faut pas sous-estimer l’aspect psychologique du changement. Même lorsque la nouvelle solution répond aux besoins, il faut parfois laisser les usages se stabiliser.
Je trouve néanmoins que Proton Docs et Proton Sheets avancent dans le bon sens. Proton indique d’ailleurs vouloir renforcer les fonctionnalités et la collaboration dans Docs et Sheets, avec une meilleure intégration entre ses applications et des améliorations de Proton Drive. Mais j’aimerais davantage de communication concernant les produits. Pas forcément des promesses spectaculaires, plutôt une transparence plus régulière : où en sont-ils ? Quelles fonctionnalités arrivent ? Quels bugs sont identifiés ? Quels choix ont été faits, et pourquoi ?
Sur ce terrain, Proton a déjà commencé à publier des feuilles de route, ce qui est appréciable. Mais pour un utilisateur qui cherche à quitter Google ou Microsoft, la confiance ne vient pas seulement de la sécurité ou du chiffrement. Elle vient aussi du rythme, de la lisibilité, de la sensation qu’un produit avance et que l’on sait dans quelle direction il avance.
Fileverse : la solution que j’ai envie de mettre davantage en lumière
Je veux aussi profiter de cet article pour parler d’une solution encore trop peu visible à mon goût : Fileverse, avec dDocs et dSheets.
Je le dis avec prudence : je ne connais pas toutes les alternatives existantes. Je m’efforce de chercher, de tester, de comparer, tout en ayant bien conscience que mon tour d’horizon reste incomplet. Cela étant dit, parmi les solutions que j’ai pu essayer, Fileverse fait partie de celles qui m’ont le plus agréablement surpris.
Pourquoi ?
Parce que dDocs et dSheets se rapprochent encore davantage, à mes yeux, de l’expérience Google. L’interface est fluide, rapide et agréable. Or c’est très souvent ce qui manque aux alternatives : elles sont vertueuses, parfois brillantes techniquement, mais elles donnent encore trop souvent l’impression d’être plus lentes, plus rugueuses, moins naturelles à prendre en main.
Fileverse présente dDocs comme une alternative open source et orientée vie privée à Google Docs et Microsoft Word, avec chiffrement de bout en bout, des fonctions de collaboration, un mode hors ligne, la prise en charge du Markdown, et de LaTeX et un fonctionnement accessible sans création de compte immédiate. dSheets, de son côté, est présenté comme une alternative à Google Sheets et Excel, accessible depuis un navigateur, avec une interface familière et des fonctions standard comme VLOOKUP, INDEX ou MATCH.
Je ne dis pas que Fileverse est la réponse définitive. Je dis simplement que c’est une piste que je trouve enthousiasmante, parce qu’elle prend au sérieux un point décisif : la fluidité. Si les alternatives veulent toucher un public plus large, elles devront être rapides, agréables, simples, presque évidentes. Sur ce point, Fileverse mérite clairement plus d’attention.
Proton Meet : la vraie surprise
Je savais que Proton Meet était annoncé depuis longtemps. Je savais également que Proton voulait compléter son écosystème avec une brique de visioconférence. Mais je ne savais pas exactement ce qu’il y avait sous le capot, ni à quel niveau d’aboutissement le produit arriverait.
Et là, c’est la bonne surprise !

Pour une bêta, ou en tout cas pour un produit encore jeune, Proton Meet donne déjà une impression assez solide. On est sur quelque chose de simple, propre, efficace. Proton présente Meet comme un outil de visioconférence chiffré de bout en bout, utilisant Messaging Layer Security (MLS), et permettant même à des participants de rejoindre une réunion sans inscription.
Autre point intéressant : Proton Meet repose sur LiveKit Cloud pour la transmission et le routage des données de visioconférence, tout en chiffrant le contenu côté client avec MLS avant qu’il ne quitte l’appareil. C’est un point technique important, et il mérite d’être regardé avec nuance. D’un côté, LiveKit est une brique moderne, efficace, que l’on retrouve aussi dans LaSuite Meet / Visio. Le paquet YunoHost de LaSuite Meet indique également que l’outil est “Powered by LiveKit”. De l’autre, l’usage d’une infrastructure tierce appelle toujours des questions légitimes sur les métadonnées, la juridiction, les dépendances techniques et le niveau exact de maîtrise. Ce n’est pas un jugement, c’est simplement le genre de point qu’il faut documenter clairement.
Ce que j’aime, c’est que Proton Meet peut se tester facilement depuis son interface, y compris pour se faire une première idée sans entrer immédiatement dans une logique d’engagement. L’offre gratuite permet d’organiser des appels jusqu’à 50 personnes pendant une heure, avec cinq liens de réunion par jour. Les fonctions professionnelles ajoutent notamment des réunions plus longues, plus de participants, la planification et l’enregistrement vidéo.
Pour l’instant, les fonctions d’enregistrement ne sont pas disponibles dans les offres gratuites. Et dans mon cas, avec mon offre actuelle, il faudrait ajouter environ 96 € si je m’engage sur un an. À ce stade, vu mon niveau de satisfaction avec Visio / Meet de LaSuite, je ne vais pas payer ce supplément. Je suis déjà très satisfait de LaSuite sur ce point. J’aimerais simplement que l’équipe de la DINUM ajoute, ou rende plus accessible, la fonctionnalité d’enregistrement vidéo dans le paquet YunoHost mis à disposition.
Le vrai sujet (et mon obsession assumée) : le flux opérationnel complet

Si je reparle de Proton aujourd’hui, c’est aussi parce que cet écosystème commence à répondre à une idée que je défends depuis longtemps : le flux opérationnel complet.
J’avais déjà développé cette notion dans mon article sur les suites bureautiques souveraines. Mon point était simple : l’enjeu n’est pas d’avoir “plein d’apps”. L’enjeu, c’est que les outils s’enchaînent naturellement. Messagerie, calendrier, contacts, fichiers, documents, visio : toutes ces briques doivent pouvoir dialoguer naturellement. Sinon, on obtient une juxtaposition de bons outils, pas une vraie suite.
C’est précisément ce qui fait la force de Microsoft 365 ou Google Workspace. On reçoit un courriel, on crée une réunion, on invite un contact, on joint un document, on ajoute un lien de visioconférence en un clic, on retrouve l’événement dans l’agenda, les participants reçoivent tout ce qu’il faut. L’utilisateur n’a pas l’impression de “changer d’application”. Il poursuit simplement son travail, sans rupture.
Avec Proton Mail et Proton Calendar, je commence enfin à retrouver ce flux. Depuis Proton Calendar, je peux créer une réunion, inviter une personne déjà présente dans mes contacts, puis ajouter en un clic un lien Proton Meet. Proton a d’ailleurs annoncé une planification de rendez-vous intégrée à Proton Calendar, capable de créer automatiquement un événement et de générer un lien Proton Meet privé.
C’est exactement le genre d’intégration qui change tout.
Il reste toutefois, à mes yeux, quatre améliorations qui rapprocheraient Proton de ce fameux flux opérationnel complet :
- Depuis Proton Calendar, j’aimerais pouvoir voir si la personne invitée est disponible ou non, comme dans Microsoft 365. C’est une fonction très simple en apparence, mais décisive dans un usage professionnel.
- Toujours depuis Proton Calendar, je trouve dommage de ne pas pouvoir ajouter un document en un clic, en explorant directement le contenu disponible depuis Proton Drive.
- Depuis Proton Mail, il manque une fonction permettant de créer une réunion directement depuis la rédaction d’un courriel, sans devoir passer explicitement par Proton Calendar.
- Enfin, sur l’application mobile iOS de Proton Meet, je regrette de ne pas pouvoir accéder directement à mon carnet d’adresses pour ajouter un contact. Il faut copier le lien de réunion, puis le coller dans un courriel, un SMS ou une messagerie instantanée. C’est d’autant plus dommage que l’application iOS Proton Calendar pense déjà mieux ce flux : on peut y créer un événement, inviter un collaborateur et générer en même temps un lien Proton Meet. En revanche, comme sur le web, il manque encore la visibilité sur la disponibilité du collaborateur et l’ajout d’un document depuis Proton Drive.
On pourrait dire que ce sont des détails. C’est vrai. Mais ce sont des détails importants, parce qu’ils touchent au cœur de l’expérience. Et dans la bataille face aux GAFAM, l’expérience utilisateur est décisive.
Je formule cela avec humilité, car je sais bien qu’il est plus facile de pointer un manque que de développer proprement une fonctionnalité utilisée par des millions de personnes. Mais j’espère vraiment que l’équipe produit de Proton lira ce type de retour. Ce n’est pas une leçon. C’est plutôt une recommandation d’un client et d’un utilisateur : dans une suite collaborative, le produit ne se juge pas seulement brique par brique mais dans sa capacité à former un ensemble cohérent.
Proton Authenticator : le petit changement facile qui donne envie d’aller plus loin

Avant, j’utilisais Google Authenticator. En testant Proton Authenticator, j’ai été vite séduit, puis converti. Je l’utilise désormais sur mon ordinateur et depuis mon smartphone. Et là, pour le coup, le changement est simple. Très simple.
Proton Authenticator est gratuit, open source, chiffré de bout en bout, disponible sur mobile et sur ordinateur, avec import depuis d’autres applications d’authentification, synchronisation possible, sauvegardes et usage sans compte Proton obligatoire.
C’est peut-être l’un des meilleurs premiers pas pour quelqu’un qui veut quitter un outil Google sans douleur. On ne perd presque aucune habitude. On ne se bat pas avec une interface étrange. On ne doit pas tout réapprendre. On change un outil, puis on se rend compte que c’était possible.
Et psychologiquement, ce n’est pas rien. Une fois qu’on a franchi ce type de petit cap, on se sent plus léger. On se sent aussi plus conforté dans l’idée d’aller plus loin : quitter progressivement d’autres services des GAFAM, non pas par posture, mais parce que l’on découvre que des alternatives crédibles existent.
Les migrations vers Proton deviennent plus visibles
J’observe aussi un phénomène intéressant : de plus en plus de personnes annoncent publiquement leur migration vers Proton.
J’ai vu passer deux publications LinkedIn qui vont dans ce sens. Dans la première, Gilles Babinet explique que son équipe et lui sont passés sur Proton Mail, Proton Drive, etc., avec l’idée de sortir progressivement de l’écosystème Google. Il insiste aussi sur le fait que l’objectif n’est pas forcément de remplacer chaque logiciel par son clone, mais de changer de pratiques avec des outils où l’on contrôle davantage ses données.
Dans la seconde, Sébastien Nouet partage un retour d’expérience sur Proton for Business après plusieurs mois d’usage chez Sovkern. Il évoque une bonne expérience utilisateur, une interface Mail propre, rapide, agréable, un Drive partagé fluide, un Calendar, un Pass, un VPN, puis Proton Meet qui complète l’ensemble depuis avril 2026. Son propos est intéressant parce qu’il ne nie pas les nuances, notamment les débats suisses sur la surveillance, mais il considère que le choix reste structurellement plus cohérent qu’une dépendance aux grands acteurs américains ou chinois.
Ces signaux faibles deviennent justement de moins en moins discrets. Ils montrent que certaines craintes commencent à tomber. La peur de perdre ses repères, de ne pas retrouver ses habitudes, et de se retrouver seul dans un écosystème marginal : tout cela recule. Et c’est une excellente nouvelle.
Pourquoi la Suisse semble-t-elle mieux comprendre la suite bureautique ?
Il y a tout de même quelque chose qui m’étonne : en Suisse, on trouve aujourd’hui deux entreprises qui semblent avoir compris ce que veut dire une suite bureautique en 2026 : Proton et Infomaniak.
Je ne veux pas tirer de conclusion trop rapide. Il faudrait creuser l’histoire industrielle, la culture politique, le rapport suisse à la confidentialité, le tissu économique, la taille du marché, la relation à l’Europe, le rapport aux infrastructures. Mais je trouve frappant que deux des alternatives européennes les plus crédibles à Google Workspace et Microsoft 365 viennent de Suisse.
Pour l’instant, dans mon classement personnel des suites qui me paraissent les plus intéressantes, je mettrais :
- Proton
- Infomaniak
- LaSuite (un peu hors compétition, je le reconnais, et même si je sais bien que cela demande encore des compétences que tout le monde n’a pas)
Ce classement est provisoire, subjectif, lié à mes usages et à mes tests. Il changera peut-être. Mais aujourd’hui, si je devais conseiller quelqu’un qui veut sortir progressivement des suites américaines sans perdre immédiatement tout confort, ce sont les trois noms que je regarderais en premier.
Tout n’est pas rose : Proton, la Suisse et les controverses

Ce serait une erreur de transformer Proton en totem intouchable.
Proton a déjà été critiqué, notamment lors de la controverse autour des adresses IP. En 2021, Proton Mail s’est retrouvé au centre d’une polémique après avoir livré à la police des adresses IP liées à des militants climat français, à la suite d’une procédure passée par Europol puis par la justice suisse. Proton a expliqué qu’il ne pouvait pas se soustraire à une décision de justice suisse, tout en rappelant que le contenu des courriels n’avait pas été communiqué, car Proton n’y avait pas accès. L’affaire a surtout mis en lumière une distinction essentielle : le chiffrement protège la vie privée du contenu, mais il ne rend pas anonyme.
Proton ne transforme pas la confidentialité en invisibilité. C’est une nuance importante. Ce n’est pas non plus une garantie absolue contre toute demande judiciaire. C’est une entreprise soumise à un cadre juridique, avec une architecture technique qui protège fortement certaines données, mais qui ne supprime pas toutes les réalités du monde légal et opérationnel.
Et même en Suisse, le cadre juridique n’est pas immuable. En 2025, Proton a menacé de quitter le pays si de nouvelles règles de surveillance étaient adoptées. Le débat portait notamment sur des modifications qui auraient pu restreindre le chiffrement ou forcer certains acteurs à rendre accessibles des métadonnées, voire des contenus. Andy Yen, le fondateur et directeur général de Proton, a alors déclaré que l’entreprise ne pourrait pas se conformer à une telle loi si elle entrait en vigueur.
Ce point est essentiel dans mon raisonnement. Oui, je trouve étonnant et encourageant que la Suisse parvienne à faire émerger des acteurs comme Proton ou Infomaniak. Mais cela ne signifie pas que tout y soit parfait, ni que la souveraineté numérique soit acquise une fois pour toutes. Même en Suisse, le droit peut évoluer, l’équilibre entre sécurité publique et vie privée peut se déplacer, et il faut toujours rester vigilant.
Les tarifs : tester avant de basculer
Un point rassurant, c’est qu’il est possible de tester Proton gratuitement. L’offre gratuite indiquée sur la page tarifaire française commence avec 1 Go de stockage, un utilisateur et une adresse e-mail chiffrée.
Ensuite, selon les périodes et les promotions, les offres individuelles varient autour de 3,99 €/mois à 9,99 €/mois. Il existe aussi une offre Family, avec jusqu’à 6 utilisateurs et 3 To de stockage. Pour les entreprises, Proton propose notamment Workspace Standard, avec Mail, Calendar, Drive, Docs, Sheets, VPN, Pass et Meet, 1 To de stockage par utilisateur et des fonctions de collaboration. Il existe enfin des offres étudiantes, avec des réductions importantes sur VPN Plus, Mail Plus ou Proton Unlimited.
Les prix exacts peuvent varier, surtout en période promotionnelle, donc il faut toujours vérifier au moment de souscrire. Mais le point important est là : on peut commencer gratuitement, tester, puis décider. Pour une alternative de cette ampleur, c’est essentiel.
Pourquoi j’aime bien Proton
Si je parle autant de Proton, ce n’est pas uniquement parce que les produits s’améliorent. C’est aussi parce que j’aime bien les valeurs affichées par l’entreprise.
J’aime le fait que Proton mette en avant l’open source. L’entreprise affirme que ses applications sont open source, auditées et vérifiables, et que cette transparence est un moyen de gagner la confiance de sa communauté.
J’aime aussi son insistance sur le chiffrement, la confidentialité et la protection de la vie privée. Proton rappelle que l’entreprise est née en Suisse en 2014, après une rencontre de scientifiques au CERN, avec l’ambition de créer un internet plus respectueux de la vie privée.
J’apprécie le fait qu’il existe une vraie communauté autour de Proton. J’ai souvent eu affaire à eux pour des suggestions ou du support, et je n’ai jamais été déçu. J’aime aussi leur communication, parfois malicieuse, parfois en forme de pied de nez aux grands acteurs du numérique. Ce ton compte : il donne le sentiment qu’il y a une culture, pas seulement une fiche produit.
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— Proton Mail (@ProtonMail) 28 avril 2026
J’aime enfin l’existence de la Fondation Proton. Proton explique que cette fondation à but non lucratif est l’actionnaire principal de l’entreprise, avec pour mission de veiller à ce que Proton ne s’écarte pas de son objectif : faire progresser la protection de la vie privée, la liberté et la démocratie dans le monde. La fondation indique aussi avoir accordé plus de 5 millions de dollars de subventions à des organisations alignées avec cette mission.
Tout cela ne rend pas Proton parfait. Aucune entreprise ne l’est. Mais cela forme un ensemble cohérent : une alternative européenne, commercialement raisonnable, techniquement sérieuse, portée par une culture de la confidentialité et une volonté de construire autre chose que le modèle publicitaire dominant.
À mes yeux, Proton est aujourd’hui l’une des plus belles alternatives disponibles pour qui veut sortir progressivement des GAFAM sans renoncer à une expérience « moderne ».
Ce n’est pas une injonction. Ce n’est pas un dogme. Ce n’est pas “quittez tout, maintenant, sans discuter”. C’est plutôt une invitation : testez gratuitement, essayez Proton Mail, regardez Proton Calendar, créez une réunion Proton Meet, ouvrez Proton Drive, testez Docs et Sheets, installez Proton Authenticator.
Puis faites-vous votre propre idée.
Car au fond, c’est peut-être cela, la souveraineté numérique au quotidien : reprendre le droit d’essayer, de comparer, de choisir, et parfois de changer d’avis.
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