Avant d’entrer dans le vif de ce test, je veux d’abord vous remercier. Vous êtes de plus en plus nombreux à m’écrire, à me solliciter, à m’interpeller. Si je ne réponds pas encore à chacun, ne vous en inquiétez pas : je le ferai.
Depuis quelques semaines, les messages affluent, toujours portés par une curiosité sincère et une bienveillance rare. Intellectuellement, c’est précieux. Cela me rappelle, pour les plus anciens d’entre nous, l’esprit des clubs informatique des années 90/2000 : des échanges passionnés, des idées qui circulent vite, des rencontres inattendues. J’y ai déjà fait de très nombreuses rencontres, beaucoup par téléphone, mais aussi grâce à Visio de la DINUM, via LaSuite, qui s’est révélée aussi pratique qu’agréable à utiliser.
Je veux aussi revenir sur un changement important : celui du manifeste. Par honnêteté pour les lecteurs et lectrices, et par souci de transparence, j’ai choisi de mettre à disposition les différentes versions du texte, tout en conservant mon anonymat. La version actuelle, la 2.0, marque une rupture nette.
La précédente pouvait parfois tomber dans des réflexes trop abrupts : l’appel à l’unité sans démonstration suffisante, le goût des absolus, des injonctions, des oppositions trop binaires. Il a donc fallu reprendre le travail en profondeur, accepter la remise en cause, creuser davantage le fond pour faire émerger quelque chose de plus juste, de plus ouvert, de plus utile.
Non pas un texte qui somme, mais un texte qui invite. Non pas un texte qui impose, mais un texte qui donne envie de suivre, de comprendre, d’aider, de participer. Je remercie sincèrement celles et ceux qui m’ont critiqué, corrigé, alerté : leurs remarques étaient justes, et surtout, elles m’ont permis de mieux servir l’objectif réel de cette démarche : convaincre sans imposer, convaincre pour faire bouger les lignes, convaincre que c’est possible !
Je veux également vous rassurer sur un autre point. Ces derniers temps, j’ai beaucoup écrit sur la souveraineté numérique dans une approche plus frontale, plus structurelle, parfois davantage ancrée dans les enjeux d’intérêt général et de politique publique que dans le simple test de produits. Non pas dans une logique partisane, mais dans la volonté de faire avancer les choses en France et, plus largement, en Europe. Parce que nous sommes engagés sur une trajectoire très encourageante, et qu’il faut désormais tenir le cap. Beaucoup de fronts ont été ouverts, beaucoup de chantiers restent en cours, et le moment n’est plus à l’hésitation. Il faut avancer, et ne rien lâcher.
D’autant que, comme je l’ai détaillé dans un article, les forces d’inertie sont puissantes: le lobbying, en ce moment, travaille activement pour défendre des intérêts qui ne sont pas les nôtres et, trop souvent, pour s’assurer que rien ne change. C’est aussi pour cela que je prépare un long travail de fond sur ce qui dysfonctionne, en France, dans le domaine de la souveraineté numérique : une analyse approfondie, appuyée sur des exemples, des comparaisons et des cas concrets, afin de sensibiliser à la fois les décideurs et le grand public. Ce travail me prend du temps, et j’essaie de le rendre aussi complet que possible.
Mais aujourd’hui, revenons au concret. Revenons au test. Et, cette fois, je ne passerai pas par quatre chemins. Infomaniak n’est pas un nouvel entrant opportuniste : l’entreprise suisse existe depuis 1994, soit plus de trente ans d’activité, et son siège est situé aux Acacias, à Genève. Elle se présente comme une société indépendante, gérée par son personnel, qui développe ses logiciels en interne ou s’appuie sur des technologies open source, tout en hébergeant les données en Suisse. Sa ligne est claire : proposer un cloud souverain, éthique et pleinement conforme au RGPD, centré sur la protection des données personnelles, ancré dans l’économie locale, attaché à l’autonomie technologique et engagé dans la réduction de son empreinte carbone.

Et je peux déjà vous le dire, rapidement et sans détour : dans sa formule gratuite, my kSuite est, à ce stade, l’alternative la plus convaincante que j’aie trouvée pour amorcer un départ de Google. Oui, je pèse mes mots. Oui, c’est un avis tranché. Mais je ne suis pas ici pour prolonger artificiellement le suspense au fil d’un article conçu pour vous retenir jusqu’à la dernière ligne avant d’en livrer la conclusion. Mon but est d’aider, le plus clairement possible.
L’offre gratuite permet déjà de tester sérieusement la bascule : une adresse de courriel gratuite et « à vie », 20 Go de stockage pour la messagerie et 15 Go pour les fichiers et les photos, avec accès aux outils Mail, kDrive, kMeet, Calendar et Contacts. Autrement dit : de quoi mener de vrais essais, de vraies conclusions, et, pour beaucoup, de quoi constater qu’il devient enfin possible de quitter un des GAFAM sans appréhension.
Je concentrerai ce test sur ce qui me paraît essentiel pour une migration sérieuse : le courriel, l’agenda, les contacts, le traitement de texte, le tableur, la visioconférence et la gestion des fichiers. Infomaniak propose évidemment bien d’autres services, et j’y reviendrai avec une liste dédiée. Mais pour qu’un test soit utile, il faut aussi savoir choisir son périmètre. Mon objectif, ici, est simple : examiner ce qui compte vraiment pour celles et ceux qui veulent quitter les GAFAM sereinement, sans sacrifier l’usage quotidien.
Premiers pas
Commençons par l’inscription. Sur ce point, rien de véritablement déroutant : on reste dans un parcours classique, suffisamment balisé pour ne pas nécessiter de longs commentaires. Je ne m’y attarderai donc pas. Il y a toutefois une réserve que je souhaite formuler dès maintenant, parce qu’elle me semble pertinente sur le long terme : il serait intéressant de pouvoir créer un compte sans être tenu de créer simultanément une adresse de messagerie.
Je peux naturellement entendre qu’une telle évolution ne soit pas si simple à mettre en œuvre, notamment si l’architecture du compte repose en grande partie sur une logique de SSO. Je peux également comprendre la cohérence stratégique d’un tel choix : après tout, c’est aussi par ce biais : un compte mail d’abord, puis un écosystème complet ensuite que Google a, en son temps, construit une part essentielle de sa domination. Ce n’est donc pas, en soi, une critique disqualifiante. C’est davantage une piste d’amélioration, ou du moins un point de réflexion.
À cela s’ajoute une impression plus mineure, et je tiens à la présenter comme telle : les différents noms de domaine disponibles ne sont pas toujours les plus simples à retenir. Cela peut troubler légèrement au premier abord. Mais je le dis volontiers avec honnêteté : cet argument reste en grande partie subjectif, et il serait exagéré d’en faire un véritable grief.

Passons donc à l’étape suivante : celle de la première connexion, autrement dit l’arrivée dans l’espace d’accueil ou, si l’on préfère, dans le tableau de bord principal. Et c’est ici que l’exercice devient nettement plus intéressant. Car concevoir une telle interface est tout sauf simple. L’enjeu est de rendre de nombreux éléments accessibles sans verser dans l’encombrement, d’offrir une réelle profondeur fonctionnelle sans perdre l’utilisateur et, en somme, de faire tenir tout un écosystème dans un espace restreint, sans que celui-ci paraisse saturé.
Sur ce point, il faut le reconnaître sans détour : le travail est particulièrement bien mené. L’équipe est parvenue à intégrer l’essentiel, presque tout ce dont l’utilisateur peut avoir besoin au quotidien, sans jamais donner l’impression d’une interface surchargée. C’est précisément là que réside, à mes yeux, la réussite de ce tableau de bord : dans une forme de maîtrise du minimalisme. L’ensemble est simple, sobre, lisible, mais surtout efficace.
Dès l’arrivée sur l’interface, rien ne déstabilise véritablement. On retrouve des repères, des réflexes d’usage déjà connus, sans pour autant avoir le sentiment d’évoluer dans une copie sans relief de ce qui existe ailleurs. L’environnement inspire immédiatement une familiarité fonctionnelle, tout en conservant une identité propre. Et c’est un équilibre bien plus difficile à atteindre qu’il n’y paraît.
Concrètement, tout ce qui compte est accessible d’un seul regard. Sur la gauche, des raccourcis permettent de rejoindre rapidement les principales applications. En haut à droite, on retrouve l’accès aux paramètres, à la configuration et à la gestion du compte. Au centre, l’interface propose une synthèse claire des informations utiles : les rendez-vous à venir, les derniers courriels reçus, un espace dédié aux favoris (que je n’utiliserai pas dans le cadre de ce test) ainsi que plusieurs appels à l’action permettant, en un clic, de créer un document ou d’accéder rapidement à d’autres services.
En d’autres termes, cette première impression est bonne, et même très bonne. L’entrée en matière est fluide, intelligible et rassurante. Or, dans ce type d’outil, cela compte énormément : une suite bureautique peut multiplier les fonctionnalités, elle reste vaine si elle ne parvient pas d’abord à accueillir correctement son utilisateur. Ici, ce n’est pas le cas. Et c’est déjà un point fort.
Courriel

Passons maintenant au courriel. Ici encore, je ne vais pas inutilement allonger le propos, car l’essentiel peut se dire simplement : l’interface fait très bien ce qu’on attend d’elle. Elle est sobre, lisible, efficace. Rien de révolutionnaire, peut-être, mais rien de décevant non plus et, dans ce registre, c’est déjà beaucoup. Tout est à sa place, sans surcharge, sans effet inutile, avec cette qualité devenue rare : celle de laisser l’outil travailler sans chercher à se faire remarquer.
Je me suis toutefois interrogé sur la solution technique retenue. Au premier abord, j’ai cru reconnaître quelque chose de très proche de ce que j’avais déjà vu ailleurs, notamment dans des environnements comme Twake ou la messagerie de LaSuite (Open-Xchange). Ce n’aurait d’ailleurs nullement été un reproche. Mais après vérification auprès de l’équipe, il apparaît qu’il s’agit ici d’une application développée en interne. Et, là encore, cela mérite d’être dit franchement : c’est une réussite, et c’est une nouvelle fois un motif de féliciter celles et ceux qui ont conçu cette interface. J’en profite au passage pour rappeler qu’Infomaniak s’inscrit dans un écosystème technique largement nourri par l’open source, avec un ancrage revendiqué dans des briques et des communautés majeures du logiciel libre, comme OpenStack, Debian, ou encore la Free Software Foundation.
L’expérience mobile confirme d’ailleurs cette bonne impression. Une application existe sur iOS comme sur Android, et j’ai mené mes essais sur iPhone. L’ensemble se distingue par sa clarté, sa réactivité et sa facilité de prise en main. Pas de surcharge, pas de fioritures, pas de surenchère visuelle. L’exécution est propre, l’usage immédiat. En un mot : j’adore.
Il y a aussi, dans cette offre gratuite, un point que je n’avais pas encore assez souligné et qui mérite pourtant d’être mis en avant : ici, l’utilisateur n’est pas le produit. Infomaniak assume un modèle dans lequel la gratuité n’est pas financée par l’exploitation publicitaire ou par l’analyse des données personnelles, mais par la vente de services payants plus avancés. Dans le paysage numérique actuel, ce n’est pas un détail, c’est même un marqueur décisif. À cela s’ajoute un autre point important : la messagerie met en avant un chiffrement reposant sur ECC et OpenPGP, deux standards open source bien identifiés, ce qui renforce encore la cohérence d’ensemble sur le terrain de la confidentialité et de la sécurité.

La seule vraie contrainte, à ce stade, concerne la signature imposée dans les courriels envoyés depuis l’offre gratuite. Il n’est pas possible de la supprimer sans passer à une formule payante. Faut-il y voir une faute ? Honnêtement, non. Il faut aussi savoir juger un modèle économique avec équité. Nous sommes ici face à une solution gratuite, précisément conçue sans faire de l’utilisateur un produit. En contrepartie, une signature reste visible. C’est une forme de publicité, oui, mais une publicité assumée, limitée, compréhensible et, au fond, défendable. Si cette mention suscite la curiosité du destinataire et permet à Infomaniak de convertir de nouveaux utilisateurs (clients), alors l’équilibre me paraît parfaitement recevable.

kMeet

Pour ce qui est de kMeet, je ne m’y attarderai pas outre mesure. L’outil fonctionne, et c’est bien l’essentiel. Techniquement, la solution repose sur Jitsi Meet, ce qu’Infomaniak indique aussi dans la présentation de son application, je ne ferai donc pas ici un test approfondi de Jitsi, un travail déjà largement réalisé ailleurs.
Dans l’ensemble, cela fait le job : c’est fonctionnel, correctement intégré, et l’embarquement de cette base technique par Infomaniak est fluide et bien exécuté. À ce jour, je n’ai toutefois rien vu d’aussi simple et immédiat que Meet de LaSuite, ce n’est pas un défaut bloquant, ni même un véritable handicap, simplement une préférence d’usage de ma part. Il faut également souligner qu’une application existe bien sur iPhone/iPad, macOS, Windows, Linux et sur Android, en plus de l’accès via votre navigateur. Je note enfin, un point particulièrement appréciable dans cette offre gratuite : la possibilité d’enregistrer la réunion puis de la retrouver ensuite dans l’espace de fichiers d’Infomaniak, à savoir kDrive. C’est une fonctionnalité utile, concrète, et loin d’être anodine dans une formule gratuite
Kdrive

Pour ce qui est de kDrive, on reste dans une continuité très rassurante : l’interface demeure cohérente avec le reste de l’écosystème, tout aussi bien pensée, sobre et efficace. On retrouve un gestionnaire de fichiers classique, donc immédiatement compréhensible, sans effet de rupture inutile dans la prise en main. kDrive s’inscrit pleinement dans l’environnement de travail d’Infomaniak, avec une exécution sérieuse et une ergonomie qui reste, là encore, bien maîtrisée. Bravo !
Comme pour kMeet, des applications existent sur les principales plateformes : sur ordinateur avec des clients pour Windows, macOS et Linux, et sur mobile avec iOS et Android, le tout avec un système de synchronisation des fichiers désormais attendu sur ce type d’outil. De ce point de vue, Infomaniak ne réinvente pas le genre, mais propose une solution complète, claire et parfaitement dans les standards d’usage actuels.

Il y a surtout un détail que j’apprécie particulièrement, et que je cherchais justement à retrouver dans ce type de test : la possibilité, par un simple clic droit sur un fichier, de le partager immédiatement via un lien, y compris dans une logique d’envoi à un autre utilisateur. L’action est fluide, directe, sans détour, et c’est précisément ce genre de petite simplicité qui compte au quotidien. Pas besoin d’ouvrir son client mail, pas besoin de revenir laborieusement dans une autre interface : le partage s’intègre naturellement au geste. C’est une fonction en apparence modeste, mais c’est déjà l’une des briques très concrètes du travail collaboratif et l’un des éléments qui permettent de comprendre, peu à peu, la cohérence d’ensemble de cet écosystème.
Sur la suite bureautique, le choix retenu par Infomaniak est celui d’OnlyOffice, intégré à son écosystème de travail collaboratif. L’ensemble fonctionne, l’intégration est sérieuse, et cela répond sans difficulté aux usages attendus. Mais, à titre personnel, ce n’est pas la direction qui me convainc le plus. Je trouve encore cette approche trop dense, trop chargée, là où d’autres acteurs semblent aujourd’hui privilégier une logique plus épurée : conserver l’essentiel, mettre en avant les fonctions réellement utiles, et écarter le superflu.
C’est, pour l’instant, la trajectoire que je trouve plus convaincante chez Proton Docs et Proton Sheets. Et, très humblement, si je puis me permettre une simple suggestion de regard plutôt qu’une recommandation d’expert, j’aimerais aussi qu’Infomaniak jette un œil à ce que propose Fileverse, avec des outils comme dDocs et dSheets, dont l’ergonomie, plus légère et plus directe, correspond assez bien à ce que des utilisateurs comme moi peuvent attendre au quotidien. Je ne dis pas cela pour opposer les modèles, ni pour donner une leçon à qui que ce soit, mais plutôt comme une invitation à la curiosité : il serait intéressant, peut-être, de voir s’il ne pourrait pas exister, à terme, une place pour ce type d’approche en complément d’OnlyOffice, afin de laisser cohabiter plusieurs philosophies d’usage au sein du même écosystème.
Je ne prétends pas disqualifier le choix d’OnlyOffice ; Infomaniak devait sans doute répondre à des attentes précises, mais je ne suis pas certain qu’il s’agisse, à long terme, de la voie la plus juste. Quant à l’outil de présentation, le constat reste proche : il rend service, il permet de travailler, mais je n’ai pas encore trouvé, dans cette catégorie, une solution qui atteigne la simplicité, la sobriété et l’efficacité de Google Slides, même lorsque d’autres outils, comme Gamma par exemple, propose de beaux rendus, il n’offre pas encore, à mes yeux, la même évidence d’usage.
« Euria, l’assistant IA éthique »

Sur Euria, l’assistant IA, on sent là, toujours côté interface, une réalisation qui reste soignée, cohérente avec le reste de l’écosystème, bref sans effet inutile.
Concernant le modèle, d’après mes échanges avec l’équipe, Euria s’appuierait actuellement sur Qwen 3.5, avec l’arrivée d’autres modèles annoncée dans les prochaines semaines. Je laisse volontairement ce point au conditionnel, car il s’agit ici d’un élément communiqué dans le cadre de ces échanges et non d’un détail technique encore pleinement documenté publiquement.
Trois éléments, en revanche, méritent d’être soulignés, parce qu’ils donnent à cette offre une singularité réelle. D’abord, Euria chauffe des logements : Infomaniak met en avant une infrastructure alimentée en énergie renouvelable, dont la chaleur est revalorisée pour le chauffage. Ensuite, Euria est hébergée en Suisse : l’entreprise insiste sur le fait que les échanges ne servent pas à entraîner les modèles, avec un hébergement local et une conformité revendiquée au RGPD. Enfin, Euria peut fonctionner sans laisser de trace, grâce à un mode éphémère que la société présente comme une garantie supplémentaire de confidentialité. Dans un marché saturé de promesses vagues sur l’IA “responsable”, ces trois points ont, eux, le mérite d’être clairs et différenciants.
Je note en revanche un petit manque : je n’ai pas vu d’intégration d’Euria dans OnlyOffice au cours de mon test. C’est un peu dommage, car j’avais trouvé l’idée très convaincante ailleurs : pouvoir, directement depuis l’éditeur, lancer un prompt pour reformuler, résumer, corriger, enrichir un texte, ajouter une touche plus expressive, ou encore ajuster la langue à la volée. Ce type d’intégration me paraît être l’un des usages les plus concrets et les plus intelligents de l’IA dans une suite bureautique.
Le graal 🛡️
S’il fallait résumer en une idée ce que je cherche depuis longtemps dans une suite bureautique en ligne, ce serait celle-ci : non pas une accumulation d’applications, mais un flux opérationnel complet, fluide, cohérent, sans couture. Le vrai sujet n’a jamais été d’avoir “beaucoup d’outils”. Le vrai sujet, c’est de pouvoir enchaîner naturellement les usages essentiels du quotidien : contact, agenda, fichier, visioconférence, sans être sans cesse renvoyé d’une interface à l’autre. Et c’est précisément là, à mes yeux, que mykSuite commence à toucher quelque chose de beaucoup plus sérieux. Les briques sont là : Calendar, Contacts, kDrive et kMeet. Elles ne cohabitent pas simplement, elles commencent à travailler ensemble.

Concrètement, depuis Calendar, j’ai pu créer un événement, y ajouter un contact que j’avais au préalable synchronisé, générer en un clic un lien de visioconférence kMeet, puis joindre un document XLS déjà présent sur kDrive, le tout sans quitter l’interface du calendrier. Infomaniak documente bien l’ajout automatique d’un lien kMeet à un événement, ainsi que l’ajout d’un fichier joint provenant de kDrive depuis l’app web Calendar. C’est exactement le type d’enchaînement que j’attendais. Et, pour moi, c’est une étape majeure : c’est sur cette pierre angulaire que le travail collaboratif prend enfin tout son sens. Les concurrents feraient bien de regarder cela de près, parce que c’est là que se joue la différence entre un simple assemblage de services et un véritable environnement de travail.
Au final c’est vraiment très solide. Il reste quelques détails, quelques ajustements, et je maintiens ma réserve sur OnlyOffice, dont je comprends la logique sans être certain qu’il s’agisse, à long terme, de la voie qui me convainc le plus. Mais, en dehors de cela, l’ensemble est franchement impressionnant. À ce stade, je suis désormais serein pour le dire autour de moi : oui, il existe dès maintenant une véritable alternative à Google. Et pas une alternative théorique, pas une promesse lointaine, pas un substitut bancal : une alternative crédible, utilisable, cohérente.
J’irai même plus loin : j’ai été, un instant, tenté de mettre un terme à mon abonnement chez Proton pour tout migrer chez Infomaniak. D’autant que, dans mon appréciation, le rapport services/prix d’Infomaniak est aujourd’hui particulièrement agressif, tandis que Proton poursuit encore la montée en puissance de Proton Docs et Proton Sheets, qui existent bien désormais et continuent d’évoluer. Je laisse donc encore sa chance à Proton, précisément pour voir comment ces outils mûrissent avant de trancher définitivement. Mais une chose a déjà changé pour moi : le plus difficile, c’était de quitter Google. Une fois cette étape franchie, changer ensuite de prestataire devient beaucoup moins intimidant, parce qu’on sait enfin ce dont on a besoin, et parce qu’on sait ce qu’on est prêt à payer pour retrouver de la maîtrise, de la liberté et une forme de cohérence numérique.
Je comprends bien sûr que, pour certains, le prix reste encore un frein. Mais si l’on n’est pas trop gourmand en stockage, l’offre gratuite de mykSuite me paraît déjà suffisamment généreuse pour tester sérieusement et même, dans bien des cas, pour migrer durablement : 20 Go pour les courriels et 15 Go pour les fichiers et photos, cela suffit largement à nombre d’usages réels. Et, très franchement, j’en suis convaincu : pour beaucoup, cela constitue d’ores et déjà une base suffisante pour quitter Google, définitivement !
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