Pendant des années, mon réflexe a été simple : Google Traduction. Rapide, omniprésent, “suffisant”. Puis, à force d’écrire, de produire, de traduire des contenus un peu plus exigeants, je suis passé à DeepL, essentiellement pour une raison : la qualité. Dans beaucoup de cas, DeepL faisait mieux que Google, surtout sur les tournures, le style, et cette sensation que la phrase “sonne” plus juste.
Sauf qu’à mesure que le temps passait, DeepL a commencé à ressembler à ce que deviennent trop souvent ces services : une interface de plus en plus envahissante, des incitations quasi permanentes à installer l’application, à payer, et des limitations plus visibles sur les options ou les volumes de traduction. Ce n’est pas illégitime : ils ont un produit, ils veulent le monétiser, mais ça devenait incompatible avec ma trajectoire : réduire au maximum ma dépendance aux GAFAM (dont Google), et plus largement aux outils propriétaires qui finissent toujours par “tenir” l’utilisateur.
Donc j’ai fait ce que je fais de plus en plus : j’ai choisi l’autonomie. Et, pour la traduction, ça m’a conduit à LibreTranslate.
LibreTranslate, c’est quoi exactement ?
LibreTranslate est une API de traduction automatique libre et open source, conçue pour être entièrement auto-hébergeable et utilisable hors ligne.
Point clé : contrairement à beaucoup d’outils “open source” qui finissent par appeler Google, Azure ou un autre prestataire en coulisses, LibreTranslate ne repose pas sur des fournisseurs propriétaires pour traduire. Son moteur s’appuie sur Argos Translate, lui aussi open source.
Et c’est précisément ce que je cherchais : un outil qui me permet de garder la traduction chez moi, dans mon périmètre, avec mes règles.
Ce que je cherchais vraiment (avant même de choisir LibreTranslate)
Avant de parler d’un outil, il faut parler d’un besoin. Mon cahier des charges n’était pas “trouver un traducteur open source”, mais plutôt :
- Sortir de la dépendance
Ne plus être tributaire d’un service qui peut changer ses règles, ses limites, son interface, ou son modèle économique du jour au lendemain. - Garder mes textes dans mon périmètre
Parce qu’une traduction, ce n’est pas juste une phrase anodine : ça peut être un extrait de contrat, une doc interne, un courriel d’un client, un contenu en préparation. Je veux pouvoir traduire sans “envoyer” systématiquement le texte ailleurs. - Avoir un outil intégrable
Je ne voulais pas seulement une page web. Je voulais une brique qui puisse s’intégrer à mon flux de travail : un site, un back-office, un outil interne, et pourquoi pas dans le futur : une automatisation. - Accepter une transition sans se mentir
Je sais que DeepL est très fort. Donc je préfère une migration progressive, avec vérifications ponctuelles au début, plutôt qu’un saut dogmatique qui me ferait perdre en qualité là où ça compte.
C’est à partir de ces critères, et pas seulement de l’open source, que LibreTranslate s’est imposé.
Les 4 points forts de LibreTranslate, en usage réel
- 1. Auto-hébergeable et hors ligne
C’est le cœur du projet : auto-hébergement et sans avoir besoin d’une connexion internet.
Dans une logique de souveraineté numérique, c’est un changement de nature : la traduction n’est plus un “service externe”, c’est une brique de mon système. - 2. Une API complète avec contrôle d’accès
LibreTranslate propose une gestion des clés API, avec quotas par clé (ex. requêtes/minute) et limites de caractères configurables.
Pour un usage multi-utilisateurs (famille, association, équipe), c’est indispensable : tu peux exposer un service sans ouvrir grand les portes. - 3. Un périmètre de langues clair, documenté, et optimisable
La liste des modèles est documentée, avec la logique de “pivot” lorsque certaines paires directes n’existent pas (souvent via l’anglais).
Et côté exploitation, on peut limiter les langues chargées au démarrage pour réduire le temps de lancement et le poids global. - 4. Dernier point pour ceux qui utilisent Yunohost
Je dois le reconnaître, mais c’est aussi car YunoHost permet en quelques clics, d’installer facilement LibreTranslate. En effet, l’outil est disponible depuis le catalogue d’applications.
Les quelques défauts à connaître avant de se lancer
- 1. La qualité est inégale selon les langues et les cas d’usage
C’est le point que je constate aussi : sur certains textes, LibreTranslate est un cran en dessous de DeepL (et parfois de Google). Et ce n’est pas un secret : la question de la qualité revient dans la communauté.
Mon parti pris : j’accepte cette légère baisse comme coût de l’autonomie, à condition de la gérer intelligemment. - 2. L’auto-hébergement a un prix : modèles lourds, démarrage, maintenance
Traduire localement implique de télécharger et charger des modèles. À l’échelle “tout installer”, on parle de plusieurs gigaoctets, chez moi, c’est autour des 1,5 GO.
Sur certains déploiements, le premier démarrage peut être long car les modèles sont récupérés en volume.
C’est un vrai point d’exploitation : stockage, sauvegarde, mises à jour des modèles, supervision. - 3. Attention aux écarts entre l’instance publique et son instance auto-hébergée
La FAQ explique que certaines traductions sur l’instance publique peuvent différer d’une instance auto-hébergée, car les modèles ne sont pas toujours synchronisés : modèles déployés côté public avant d’être intégrés à l’index.
En clair : si tu auto-héberges, tu récupères la maîtrise… mais aussi la responsabilité d’un résultat cohérent.
Mon approche : une autonomisation “en douceur”, sans auto-sabotage
Je suis dans une phase de transition assumée : j’ai encore le réflexe de comparer ponctuellement avec Google Traduction et DeepL, surtout sur des passages sensibles. Mais je constate un phénomène intéressant : plus j’utilise LibreTranslate, moins je ressens le besoin de vérifier.
Et c’est exactement l’équilibre que je cherchais :
- ne pas baisser brutalement mon niveau d’exigence,
- tout en sortant progressivement de la dépendance à des services externes.
Mon conseil pragmatique si vous voulez faire pareil : commencez par utiliser LibreTranslate sur des contenus “non critiques”, puis élargis. Et gardez un protocole simple : vérification ponctuelle quand l’enjeu est élevé : juridique, publication officielle, communication sensible …
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